Le capitalisme tue !

Le capitalisme tue !

Cet article ne fait pas référence des armées russes envahissant l’Ukraine le 24 février, son écriture, espérée depuis plusieurs semaines, est juste achevé ce même jour – dont l’histoire se rappellera qu’elle fut – funeste.

Certes, ce n’est pas un scoop, chacun-e qui réfléchit cinq petites minutes le comprend et/ou s’en souvient. 20 millions de mort-es par an, c’est le coût du patronat, assoiffé du sang des travailleureuses. Le propos ici n’est pas de faire une analyse sur le type d’accidents de travail (AT) (trajet, faute grave du salarié, intempérie climatique…) mais bien de mentionner que la vente de la force de travail est déterminée par la logique propre et accumulatrice du capitalisme, qui se mesure à la somme de ses victimes. Il s’agit donc ici autant d’un devoir de mémoire que d’un rappel des rapports de classe mondialisés, synonyme du mépris qu’affichent les « élites » à l’encontre des travailleureuses du monde. Sans omettre les conflits guerriers, ni les catastrophes environnementales engendrées par les productions et les consommations polluantes. En parallèle, constatons, par exemple, le nombre de victimes mortelles que produit le coronavirus et la mobilisation générale des membres de l’ONU pour contrer sa pandémie : deux poids, deux mesures !

La guerre sainte du capital

Mais cette logique propre et accumulatrice tue aussi au travers des politiques « économiques », financières. Régressions sociales, révoltes, nationalisme, racisme, et toutes la panoplie discriminatoire possible, sont les ingrédients nourrissant les replis identitaires et désignant des boucs émissaires, développant l’intolérance politico-sociale au paroxysme pour au final provoquer le conflit : guerre, impérialisme, colonialisme. Les conflits entre les Etats n’ont pas pour origine la religion ou la distinction ethnique, comme le prétendent les bonimenteurs, armés de propagandes prétendument patriotiques, sécuritaires, confessionnelles et véhiculées par des fanatisés. Ces simplismes piquent l’affect des individus avec une facilité déconcertante lorsque le chômage et la misère déciment le moral des travailleureuses, dont la colère s’exprime envers leurs semblables.

Rappelons ce qu’avait affirmé le député Jean Jaurès en mars 1895 : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » (1).

Temps de guerre, chair à canons ; temps de paix, chair à patrons

En Ukraine, suite à la « révolution EuroMaïdan » en 2014 (considéré comme un coup d’État par Poutine), les mineurs du Donbass entamèrent une longue lutte suite à la baisse de leur salaire de 10 % « pour réparation de la place Maïdan ». Après la formation  en 1991 de ce nouvel Etat, les oligarques en herbe firent mains basses sur les mines de charbon et de fer, dont les gisements seraient parmi les plus importants de la planète. Il faut savoir alors qu’un  million de tonnes de charbon extrait coûte la vie à « un mineur et demi ». Avant comme après la crise politique, les pauvres investissements continuèrent à baisser, alors que les AT s’accentuaient simultanément de façon alarmante. La plupart de ces accidents furent soigneusement cachés ou attribués à la seule imprudence des salariés. Les carreaux de mine en lutte « appartiennent » a Rinat Akhmetov, député de la région, dont la fortune s’élèverait à 15 Mds de dollars.

Auparavant, en mars 2000, une explosion se produisit dans la mine Barakovo, elle entraîna la mort de 80 mineurs. Le bassin du Donbass devint le malheur minier le plus meurtrier depuis l’indépendance. Des centaines de salariés mourront à cause du méthane, des incendies ou des coups de grisou durant cette période.

En 2020, la région est à nouveau secouée par une grève des mineurs, pour salaires non payés depuis des mois, alors que le Donbass pro Russe a fait sécession avec Kiev après le coup de l’extrême- droite ukrainienne durant l’EuroMaidan. Or, ce n’est qu’après la chute de l’URSS que les conditions de travail – et de vie – se sont extrêmement dégradées.

Puis, peu à peu, les mines ont été fermées : entre les grèves et les coûts d’investissement les patrons maffieux optèrent pour leur arrêt moyennent dédommagements. Les nouveaux chômeurs devinrent des miliciens armés, retranchés face au pouvoir de Kiev, dans le cadre d’un conflit larvé depuis maintenant huit ans et où de vastes champs de mines ont détrôné les mines. Aujourd’hui, la guerre paraît totale. Chair à …

Le Groupe Wagner est une société privée russe de mercenaires. Commanditée par l’État russe, elle  compense sa non intervention et celle des Etats en difficulté dans des conflits lorsque des belligérants la réclament. Ainsi elle a opéré lors du conflit au Donbass en 2014-15, puis en Syrie, en Libye. Actuellement sa présence est médiatisée en Afrique et dans d’autres zones de conflits à travers le monde. Cette organisation est paramilitaire, si son objectif est d’œuvrer dans le but d’assurer la défense des intérêts extérieurs de la Russie, le groupe Wagner assure aussi la protection des chefs d’Etats de la Centre Afrique et du Mali. Sa force serait réellement très puissante : armée de bombardiers et de chasseurs, de navires de guerre et des armes les plus sophistiquées. Dimitri Outkine (créateur de l’entreprise) est un admirateur du nazisme, Wagner est son nom de guerre. Ancien militaire des forces spéciales, il est à la tête de plus de 10 000 combattants, et financé,  notamment, par l’oligarque Evgueni Progojine. 

Trois axes structurent sa dynamique : l’action militaire, la désinformation (au moyen de centaines de médias) pour sa propagande mais également pour calomnier, diffamer l’adversaire désigné, et la prospection de matière première (or, métaux rares, etc).

Les Etats-Unis, bien avant la Russie, utilisèrent intensément les mercenaires en Irak, en Syrie. Pas de jaloux, la France aussi possède un groupe privé dénommé « Entreprise de services de sécurité et de défense », en collusion avec des anglosaxons : l’Entreprise de services de sécurité et de défense (ESSD), Private military company (PMC). Officiellement, la société fournit des services dans le domaine de la sécurité et de la défense des gouvernements, d’ONG ou d’entreprises privées.

…chair à consommer

L’industrie du tabac va prouver qu’elle est une vraie sérial killer ! Bien que le tabac soit cultivé depuis 3 000 ans, sa consommation était alors liée aux « relations » divinatoires et concernait en général sorciers, chamans qui n’en grillaient pourtant pas du matin au soir. Avec le 20° siècle, l’essor industriel et les « excellentes » publicités, sa consommation se « démocratisa » : qui veut fumer trouvera toujours une clope à griller ; dans les contrées où règne la pauvreté, on peut acheter sa cigarette au détail.

La France et l’UE mégotent ; leurs liens étroits avec les industriels du tabac ne sont plus à prouver et les politiques de prévention contre le tabagisme sont conseillées par le lobby du tabac. Les principaux groupes industriels sont Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobbaco, Altadis (France)…  Sa culture est principalement située dans les pays du Sud pour des raisons de coût de production, évidemment. L’herbe à Nicot aggrave la famine dans le monde ; sa culture se fait au détriment de l’alimentaire.

Selon l’OMS, le tabac tue cinq millions de personnes par an. Il aurait durant le siècle dernier éliminé 100 millions de gens.  

La malbouffe. Près d’un décès sur cinq dans le monde serait lié à la malbouffe. On sait cette dernière nocive pour notre organisme et ses conséquences désastreuses sur notre santé. Les aliments entrant dans cette catégorie sont le fruit de l’agro-industrie. Ils se composent d’ingrédients de maigre qualité, trop riches en calories et pauvres nutritionnellement : trop gras, trop sucrés ou trop salés (parfois les trois !), ils apportent généralement peu de fibres, de vitamines ou encore de minéraux. Ils contiennent de nombreux additifs de synthèse. Ils sont souvent associés à la nourriture rapide (facile à élaborer et rapide à manger). Ils sont généralement peu chers, ce qui les rend accessibles à tous les budgets. Les plus modestes en font les frais et souffrent de surpoids exponentiel. Chair à…

Le capitalisme gangrène la nature et l’humanité

En mars 2019, une explosion survient dans une usine de fabrication de pesticides à Yancheng, en Chine, tuant 78 personnes et en blessant 617. Cet accident nous rappelle l’explosion d’AZF à Toulouse en septembre 2001 (31 décès, 250 blessée-es) ou celle du dépôt portuaire à Beyrouth au Liban (150 décès, 5000 blessé-es) il y a deux ans.

Chaque année 1 800 Mds de dollars de subventions publiques autorisent les « investisseurs » et les industriels de tout poil à meurtrir la nature. Exemple : l’élevage intensif avicole et ses conséquences sanitaires avec la propagation de la grippe aviaire H1N1.

Les Nations Unies, ce 15 février, rapportent : « la pollution et les substances toxiques sont à l’origine d’au moins 9 millions de décès prématurés par an, soit deux fois plus que la pandémie de Covid-19 au cours de ses dix-huit premiers mois. À l’échelle mondiale, un décès sur six est lié à des maladies causées par la pollution, soit trois fois plus que les décès dus au sida, au paludisme et à la tuberculose réunis (…) ».

L’or. Le Niger est un pays qui regorge d’or. Son exploitation est notamment gérée par une société canadienne depuis des années. Aujourd’hui, le Mali et le Burkina Faso enregistrent une vingtaine de sociétés exploitant le métal jaune. Au Burkina, l’or est devenu la seconde ressource d’exportation du pays après le coton.

Alors qu’au Niger toutes les ressources minières (or, uranium, pétrole) contribuent à moins de 10 % du PIB, au pays des hommes intègres, les traitements – notamment au cyanure – des minéraux empoisonnent la terre, l’eau, les humains, l’élevage et l’agriculture ; les populations souffrent de cancers et de nombreuses autres pathologies. La ruée vers l’or devient le seul horizon de la jeunesse du Sahel, la hausse du cours du métal jaune sur le marché et la grande pauvreté ont incité les populations locales à s’intéresser à la pratique de l’orpaillage. Or, aucun projet de développement vertueux ne leur est  proposé ! L’extraction et le raffinage de l’uranium causent les mêmes dégâts. Chair à…

Les rapports d’exploitation en France

Les rapports d’exploitation sont à l’origine des accidents de travail ! Rien qu’en France, chaque semaine, dans le seul secteur privé, qui couvre environ 85 % de la population active, on dénombre en moyenne pas moins de 14 AT mortels. Plus de 12 500 accidents nécessitent au moins un jour d’arrêt. Tous les huit jours, plus de 650 personnes subissent des blessures dont ils garderont des séquelles.

Pour la chercheuse Véronique Daubas-Letourneux : « inégalités, rapports d’exploitation, travail qui s’intensifie en continu… Les accidents du travail sont dus au travail ! », résume la chercheuse dans une formule limpide : « La première chose est qu’on est dans le champ de la santé au travail, lui-même marqué par une discrétion ».

La santé au travail est empreinte d’une culture de la négociation dans des rapports de classe au désavantage des travailleureuses. Mais il est aussi vrai que dans la recherche, syndicale, sociologique, les AT restent une catégorie peu interrogée. Cela n’est pas considéré comme un sujet d’intérêt, ce qui renvoie sans doute à toute une hiérarchisation : la médecine du travail est moins cotée que la radiologie, par exemple.

Autre raison, la capacité de mobilisation des catégories de salariés. Et sur les AT, il n’y a pas de groupe identifié, mobilisé, comme cela a pu se voir autour du phénomène de l’amiante contre lequel des associations se sont créées. Tout un ensemble d’éléments contribue au fait qu’on ne parle pas des AT, que le sujet est invisibilisé et surtout non politisé. Ainsi, les salarié-es les plus précaires et les moins qualifié-es sont à risque. Exemple de conséquences en chaîne : non seulement l’accident n’est pas déclaré mais le retour dans l’entreprise après l’arrêt est compliqué. Cela devrait interroger la politique de santé publique.

20 millions de décès ?

Ce montant est une estimation a minima. Il ne se rapporte en fait qu’aux pathologies endémiques dues à la grande pauvreté que subissent plus d’un milliard de personnes dans le monde, auxquelles s’ajoutent les souffrances dues à la faim, la soif, l’hygiène.

Il est quasi impossible de dénombrer celles et ceux qui tombent sous le coup des armes en raison des conflits guerriers qui parsèment les territoires, des délinquances, des trafics en tout genre, des AT et maladies professionnelles – non reconnues – de par le monde (extraction, chimie, textile, agro-industriel, etc.)

C’est bien pour le profit que s’activent les industries de l’armement et non pour une question de défense. C’est bien pour le profit que l’extractivisme des matières premières s’intensifie alors qu’une COP (conventions sur le climat) chasse l’autre sans effet réel ; elle permet de propager sans honte aucune que les classes dirigeant-es se font du souci pour la planète, alors qu’au final elles n’ont que mépris et abjection pour les classes populaires !

Tout comme les humains se servent des animaux pour la besogne et la viande, le capitalisme vorace utilise les femmes et les hommes pour participer à la compétition mercantile ; ne plus être qu’une variable d’ajustement, l’humain ne vaut pas davantage qu’une poule ou un mouton « et quand il n’y en a plus, il y en a encore ».

Pourquoi tant de différence de traitement entre la pandémie du Covid – pourtant mauvaise pour l’économie, mais bonne pour les plus riches – et les AT, les pollutions criminelles, les trafics en tout genre et les maffieux protégés ? Simple raison : le profit !

Du massacre des Indigènes des Amériques – jamais clos – à l’esclavage des peuples d’Afrique – jamais clos non plus -,  de la guerre au Yémen à celle de la Syrie, l’impérialisme n’est que guerrier ;  Chine, Etats-Unis, France-UE, Russie, Turquie, les blocs impériaux ont un appétit inassouvi et ils le font savoir !

Les catastrophes humaines et environnementales non pas servies d’exemples, ni la catastrophe dans une mine de Courrières en 1906 (1 099 morts), ni l’accident chimique du Bhopal (Inde) en 1984 (entre 20 000 et 25 000 mort-es (selon les associations de victimes) et encore moins Tchernobyl.

Le capitalisme, qu’il soit privé ou d’État, est responsable de tous les maux sur cette planète. Il a  marchandé tout et n’importe quoi : la biodiversité, les humains, les matières premières, l’eau, la santé, le politique

Il n’est jamais trop tard

Aux dernières lignes de cet article, les « orgues de Poutine » frappent l’Ukraine, confirmant ainsi que les interventions militaires sont devenues une terrible réalité, démontrée notamment au Moyen-Orient. 

Proudhon écrivait : « la propriété c’est le vol ». Mais quand les propriétaires du mode de reproduction de richesse sont en crise d’accumulation, ils préparent la conflagration.

Face aux détenteurs du capital qui jettent le monde dans la guerre, les classes populaires, les travailleureuses, doivent se soulever afin de la rejeter !!! La vie est un combat… pour la paix !

(1) Cette citation est un résumé de l’intervention de Jean Jaurès à la chambre des députés le 7 mars 1895. Il fait valoir que la compétition économique entre les individus ainsi qu’entre les sociétés mène à la guerre. Il ne mentionne pas le capitalisme bien qu’il en décrive la dynamique. Extrait : « Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie – qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille – un régime de concorde sociale et d’unité ».

Article paru dans le n° 75 – Février 22 – de la revue PES (Pour l’émancipation sociale)

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Jano Celle

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