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Des actions non violentes porteuses d’espoir

Lors d’une réunion de l’équipe du News Colibri (voir au bas pour les détails sur la revue) nous avons décidé de mettre en avant la victoire des militants de la région mulhousienne appelant à boycotter les produits faussement présentés comme israéliens et provenant en fait de territoires palestiniens.

Au lieu de rédiger un dossier sur la Palestine nous avons préféré parler des actions non violentes victorieuses.

Celles-ci sont plus nombreuses qu’on peut le supposer.

Comme cette annonce d’ANV-COP21 (27/10/2021) parue quelques jours après notre réunion :

C’est une grande nouvelle qui vient de tomber et que nous voulons partager : Caroline, Freddy, Valérie, Philippe et Théaud Valérie, Philippe et Théaud sont relaxé·es ! Le tribunal de grande instance d’Auch a estimé que leur action non-violente de décrochage de trois portraits s’inscrit dans un débat d’intérêt général sur l’urgence climatique et qu’elle est donc  légitime au nom de la liberté d’expression ! C’est une énorme victoire pour notre mouvement et l’expression citoyenne !
Pour pouvoir remporter de telles victoires avec des actions à la hauteur de l’enjeu et accompagner les citoyen·nes convoqué·es dans les 15 procès #DécrochonsMacron à venir, les dons citoyens sont essentiels.

Qu’elles soient célèbres ou pas, les victoires contre les projets inutiles et imposés se multiplient en France :

L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Du Center Parcs de Roybon en Isère.

D’Europacity dans le nord de Paris.

Mais aussi d’une porcherie géante à Ossun dans les Pyrénées.

D’un surf park à côté de Saint-Nazaire.

D’une carrière de ciment dans les Yvelines…

Tous ces collectifs qui remportent des succès contre la bétonnisation et la marchandisation du territoire participent ainsi à la construction d’un nouvel imaginaire politique, social et culturel. Certains préfèrent parler de victoire d’étape, car pour eux, tant que le système de domination capitaliste et patriarcal n’est pas abattu, leur but n’est pas atteint.

A ce sujet lire le livre de Sylvaine Bulle, professeure de sociologie : Irréductibles : enquête sur des milieux de vie. De Bure à Notre-Dame-des-Landes.

Un autre événement récent l’Affaire du siècle :

Vers une victoire historique pour le climat !

Voilà ce qu’écrit l’équipe de L’Affaire du siècle :

Hier matin, des citoyen·ne·s ont affiché sur 3m sur 30m ce message, en soutien à l’Affaire du Siècle : « Nous sommes 2,3 millions », sur la voie Georges Pompidou, à deux pas du tribunal administratif de Paris. L’objectif ? Rappeler à l’Etat qu’il répondait aux 2 312 550 personnes qui ont signé notre pétition.

L’audience de l’Affaire du Siècle a eu lieu hier, jeudi 14 janvier, de 13h45 à 17h15 au tribunal administratif de Paris.

L’inaction climatique de la France est une faute qui engage la responsabilité de l’Etat. C’est en substance ce qu’a dit Amélie Fort-Besnard, la rapporteure publique.

Si le tribunal suit les conclusions de la rapporteure publique, la responsabilité de l’Etat français dans le dérèglement climatique serait enfin reconnue. Ce serait une avancée historique du droit français et une victoire majeure pour le climat et pour la protection de chacun et chacune face aux conséquences des changements climatiques.

Toutes les victimes des changements climatiques pourraient alors s’appuyer sur cette jurisprudence pour faire valoir leur droit et obtenir réparation. L’État subirait alors une forte pression pour enfin mettre en œuvre les actions nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

Nous demandions aussi à la justice de contraindre l’Etat à prendre des mesures supplémentaires pour le climat, pour enfin respecter ses propres engagements. Sur ce point, la rapporteure publique a conseillé au Tribunal de réserver sa décision pour plus tard, afin de permettre aux parties d’apporter des argumentaires supplémentaires sur la réalité de l’action climatique de l’Etat – une recommandation similaire à la décision du Conseil d’État dans l’affaire de Grande-Synthe.

Nous espérons donc que le tribunal va suivre l’avis de la rapporteure publique. Nous publierons sous peu sur notre site un décryptage détaillé des conclusions qu’elle a présentées.

Rendez-vous d’ici deux semaines pour la décision !


L’’équipe de l’Affaire du Siècle

Texte écrit à partir d’un message d’ANV-COP21,d’un autre de L’Affaire du Siècle et d’un article de Laury-Anne Cholez dans Reporterre par  le lundi 18 janvier 2021 le jour où la ministre Barbara Pompili a annoncé sa décision de laisser les déchets toxiques de Stocamine au fond de la mine à Wittelsheim.

Un combat de perdu ? D’autres à mener…

  • News Colibri ou plus exactement :

Les News :

Le colibri

solidaire & distributif

Revue des expériences d’Economie Durable, Distributive et Solidaire

Petit format : un A3 plié en 3 ce qui donne 6 pages de lecture par trimestre

Editée par la Maison de la Citoyenneté Mondiale

20 rue Paul Schutzenberger 68200 Mulhouse

15€ par an pour le recevoir en format papier à domicile

Mon article a été rédigé pour le N°28 autour du thème ”Pourquoi militer ?”

La politique nucléaire de la France… atomisée !

À partir de ce vendredi 22 janvier 2021, la France fait partie des États voyous qui ne respectent pas la législation internationale.

En effet, aujourd’hui, nous voyons entrer en vigueur le TIAN, le Traité d’interdiction des armes nucléaires, adopté par 122 États à l’ONU en 2017. Il a fallu attendre qu’il soit ratifié par 50 pays pour qu’il soit actif. C’est dès aujourd’hui le cas.

Soixante-seize ans après les bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, l’interdiction des armes nucléaires est la nouvelle norme du droit international. Il devient illégal pour les États-parties de « mettre au point, tester, produire, acquérir, posséder, stocker, utiliser ou menacer d’utiliser des armes nucléaires. »

C’est sans conteste un grand pas pour l’humanité, sans oublier que le TIAN interdit également le financement et l’investissement par le secteur bancaire.

Savez-vous que la plupart des grandes institutions financières françaises investissent plusieurs milliards d’euros dans des entreprises fabriquant des systèmes d’armes liées à la dissuasion nucléaire ?

Dorénavant, les banques et les fonds de pension ne peuvent plus faire du profit sur un possible cataclysme nucléaire !

La dynamique est en marche, des institutions financières (Deutsche Bank, fonds de pension hollandais et norvégien, Japan Post Bank Co, Bank Australia, …) ont déjà inscrit le refus du financement des armes nucléaires dans leur politique d’investissement.

Il est temps maintenant de démanteler les stocks de bombes. Neuf pays possèdent à ce jour environ 13 865 armes nucléaires, dont 2 000 sont maintenues en état d’alerte dont 280 pour la France. Ces armes sont prêtes à être utilisées en quelques minutes.

La plupart des armes nucléaires d’aujourd’hui sont des dizaines de fois plus puissantes que celle utilisée à Hiroshima. Une seule tête nucléaire, si elle explosait au-dessus d’une grande ville, pourrait tuer des millions de personnes et ses effets persisteraient pendant des décennies.

L’arsenal de la France est constitué — depuis 2011 — de 300 ogives.

L’échec des puissances nucléaires à désarmer a augmenté le risque que d’autres pays acquièrent des armes de ce type. La seule garantie contre la prolifération et l’utilisation d’armes nucléaires est de les éliminer sans plus de délai. Bien que les dirigeants de certains États dotés d’armes nucléaires aient exprimé leur vision d’un monde sans armes nucléaires, ils ont échoué à proposer un plan détaillé pour éliminer leurs arsenaux et, au contraire, poursuivent leur modernisation.

Cette avancée dans le respect de la vie et des droits humains, est en partie le fruit du travail d’un collectif international, ICAN, qui mena campagne sur ce sujet et reçu le Nobel de la paix en 2017.

Mais il ne faut pas oublier les milliers de militants qui de par le monde œuvre et œuvrèrent en ce sens, dont, parmi d’autres, pour l’Alsace, Solange Fernex qui initia avec Théodore Monod, en 1985, un jeûne pour l’abolition des armes nucléaires. Une action qui s’est développée et continue d’être organisée, en plusieurs lieux en France comme à l’internationale, chaque année du 6 au 9 août.

Pour Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et co-porte-parole de ICAN France,  « Croire que jamais un de ces États n’utilisera son arsenal, par erreur avec le risque des cybermenaces, où volontairement est une pensée insensée. Peu importe que cette détonation se réalise en Asie ou en Russie, nous en subirons les conséquences humanitaires, climatiques, sécuritaires et économiques. L’absence volontaire d’action concrètes de la France en faveur du désarment nucléaire est dangereuse. Il est urgent que la France s’ancre dans la nouvelle réalité du monde, celle qui regroupe la majorité des États de la communauté internationale qui soutient le Traité d’interdiction des armes nucléaires. »

http://icanfrance.org/

http://obsarm.org/

http://abolitiondesarmesnucleaires.org

Ce que vous pouvez faire contre les armes nucléaires : 

Marche des libertés à Paris – l’intention de briser

Il est plus grave de casser une vitrine qu’une personne. Telle est la devise d’une République bourgeoise et de son bras armé qui n’ont pas hésité à blesser et arrêter des manifestants sans même savoir pour quelle raison.

Samedi 12 décembre a été une des manifestations les plus compliquées que nous ayons connues jusqu’alors. Une répression violente, une nouvelle stratégie offensive de la part de la préfecture difficilement comparable avec des évènements précédents. Les prémices d’une vie dans un pays totalitaire.

Plus de 3000 policiers (contre 2000 samedi dernier), entouraient une zone géographique entière, de Châtelet à République. Des dizaines de rues fermées pour y stocker les camions de CRS, les 6 canons à eau rien que place du Châtelet, les barrières anti-émeute et autres engins de maintien de l’ordre. Coté manifestants le nombre était d’au moins 10 000. Un nombre honorable au vu des défections d’organisations dites de gauche et des très nombreux contrôles policiers des manifestant.es visant clairement à les décourager de rejoindre le cortège, certains policiers allant jusqu’à déclarer que la manifestation était interdite alors qu’elle était autorisée. Mais le nombre est clairement insuffisant pour faire face à l’état policier.

Lors du mouvement des gilets jaunes, nous observions ces dispositifs d’ampleur (en particulier le 8 décembre 2018) sans pour autant pouvoir les comparer avec la manifestation de ce samedi : Une manifestation déclarée, rassemblant collectifs, associations, parti politique (le NPA ) descendus dans la rue contre la loi sécurité globale et la loi séparatisme, cette loi moins connue qui vise à établir une ségrégation islamophobe.

Nous avons, depuis la place de Châtelet jusqu’à la place de la République, subi de manière ininterrompue des charges policières violentes et frénétiques complètement incompréhensibles au vu du calme dont faisait preuve le cortège. Et pour cause. Une chose a changé dans le maintien de l’ordre. La police intervenait de façon “préventive” ! Une doctrine que Lallement affectionne et qui lui a en partie valu sa nomination à Paris.

Après avoir rongé son frein pendant quelques semaines, le préfet a pu revenir à sa méthode préférée, et même l’amplifier : les offensives policières se sont intégralement effectuées sur la base d’intentions et non d’actes ou de tentatives d’actes.
Les policiers ont multiplié les arrestations arbitraires sur le simple fait qu’ils estimaient que tel ou tel individu avait l’intention de commettre des dégradations. Ainsi, l’ensemble des personnes qui étaient venues à la manifestation habillées de manière un peu trop sombre, qui avaient combiné masque et capuche, étaient immédiatement prises en chasse par les voltigeurs ou les compagnies d’intervention puis interpellées. Si elles n’avaient pas été interpellées lors des fouilles préventives effectuées avant la manifestation.
Rappelons que l’intention ne peut pourtant aucunement faire l’objet de procédure pénale.
Principe de droit fondamental mais totalement ignoré par les donneurs d’ordre.


Ainsi, pour effectuer ces interpellations au cœur des cortèges sur les personnes qui avaient eu le malheur de mettre un pantalon et un sweat noir, la police chargeait et matraquait au passage des dizaines de personnes qui n’étaient même pas leurs cibles initiales. Souvent d’ailleurs, devant l’impossibilité d’interpeller de par la densité de la foule et le chaos que les charges ont créé, la personne vêtue de noir, la police changeait de cible pour interpeller la personne la plus proche.

Ce genre de charges, il y en a eu des dizaines. Les policiers disposés de chaque côté du cortège, effectuaient plusieurs charges consécutives, de chaque côté du cortège, à intervalle de 5 à 10 minutes. Les manifestant.e.s à minima déboussolé.es, tombaient, se poussaient, couraient, se faisaient matraquer, puis interpeller. Nous avons clairement observé une politique du chiffre et de la terreur ce samedi 12 décembre à Paris. Les policiers ont appliqué à la lettre les volontés de la Place Beauvau révélées dans le Canard Enchaîné du 9 décembre : prendre de gros risques. Assumer les dégâts collatéraux.

De l’avis de tous les témoignages, avec pour preuve les multiples vidéos, la violence a été inouïe, et les dégâts humains du côté des manifestant.e.s, colossaux. La soixantaine de street-medics, dont certains ont été interpellé.es, nous disent ne jamais avoir autant pris en charge de blessures à la tête. Les coups de matraques ont fait apparaître de multiples hématomes, ont ouvert des crânes.

Les interpellations elles, sont à l’image de l’absurdité de la répression. Deux gilets jaunes, mutilées pendant le mouvement et qui font partie du collectif “Les mutilé.es pour l’exemple” passeront une deuxième nuit en garde à vue. Un avocat du collectif “Black robe brigade” relâché plusieurs heures après. Un millitant du comité de sans papiers de Montreuil, interpellé en sortant du cortège. Des membres des Brigades de solidarité populaire qui avaient un cortège lors de la manif, prolongé.es également pour 24h de plus. Quatre journalistes et photos-reporters qui exerçaient leur metier dont un reporter du média QG, qui va passer sa deuxième nuit au poste. Des lycéen.ne.s mineur.e.s. Et beaucoup d’autres qui n’ont pour seul “tort” que de s’être habillé un peu trop en noir.

149 interpellations, 123 gardés à vue qu’on aura privés de liberté pendant 24 ou 48 heures et que pour beaucoup on libérera faute de pouvoir caractériser des faits qui n’ont pas eu lieu. 6 seront emmenés devant le tribunal en comparution immédiate pour des faits comme “groupement en vue”, “outrage” ou “dissimulation du visage”. Des charges qui permettent de condamner sur la base de faux en écriture, d’intentions ou pour avoir simplement porter le masque obligatoire.

L’ensemble des médias “mainstreams” parlent de la réussite de cette manifestation en termes de maintien de l’ordre effectué. De cette nouvelle stratégie gagnante. Ils prennent pour exemple des images de la manifestation sans casse. En effet, la casse n’a pas été matérielle. Elle a été humaine.

Le pouvoir et les médias nous ont confirmé une chose que nous savions déjà depuis longtemps mais que le pouvoir refusait d’admettre de manière aussi explicite. La vie d’une vitrine vaut plus que celle d’un.e manifestant.e. La bourgeoisie capitaliste au pouvoir ne peut se permettre de voir ses privilèges menacés. Que ce soit par la grève ou la casse de ses symboles. Alors elle casse les grèves et les corps.

Samedi, non seulement nos libertés ont été bafouées mais des vies ont été brisées, dans l’indifférence générale.

Texte paru dans “Cerveaux non disponibles

Sécurité globale, mon amour

Article paru dans le n° 68 de la revue PES (Pour l’émancipation sociale).

A son arrivée à l’Elysée en 2017, le Président Macron avait fait de la sécurité LA priorité de son mandat. Depuis, le budget de la « sécurité » aura gonflé de plus d’un milliard d’euros. Seront aussi gonflés les effectifs de la police et de la gendarmerie, faisant un bond de 10 000 embauches sur cinq ans. En fait, si les ministères régaliens sont gâtés par l’Elysée, a contrario, le « dégraissage » continu des ministères voisins, Santé compris, va bon train. C’est « sans précédent » précise le site du Parlement !

Mais pourquoi créer une nouvelle loi sécuritaire alors que l’Etat en est blindé ? Pas moins de 34 lois dites antiterroristes (sur 35 relatives à la sécurité) ont été promulguées depuis le 9 septembre 1986. Si tout le monde peut comprendre que la législation peut (et doit) servir à combattre des actes terroristes   comment comprendre qu’après chaque acte terroriste apparaît une nouvelle loi ? Comme si une profusion législative pouvait freiner l’ambition djihadiste ( et est prête à y sacrifier sa vie quel que soit son mode opératoire

En revanche, depuis 1986, quel que soit le gouvernement au pouvoir, l’opportunité de restreindre les libertés fondamentales et de criminaliser à tout va toute opposition politique, ou simplement citoyenne – pour peu qu’elle soit véhémente – est devenu la « coutume ». Même le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU s’en inquiète.

Le terrorisme a bon dos et le fanatisme en sort grandi. Peu à peu, n’est-ce pas le pouvoir qui en « plâtrant une jambe de bois », intimide et tourmente la population ?

L’arsenal projeté

Le nouveau projet liberticide que concocte Macron/LReM, même Sarkozy ne l’aurait pas osé. Le danger est réel !  Les dispositions principales de la loi Sécurité Globale, débattue ce 17 novembre à l’Assemblée Nationale accroissent les pouvoirs de police : le projet prévoit d’accorder de manière « expérimentale » (mon œil !) des pouvoirs de police judiciaire à la police municipale, pour les communes comptant a minima vingt agents. Cette disposition était réservée aux officiers de la police nationale et officiers gendarmes, aux maires et adjoints « pour les infractions causant un trouble grave à l’ordre public commises sur le territoire de la commune ». Elle s’ajoute à la panoplie guerrière dont sont déjà équipés les municipaux suiteà une loi de mars 2000. Ainsi, ils seront également habilités à  rechercher des auteurs d’infractions, à rassembler les preuves, à procéder à des arrestations, des perquisitions…

Les rapporteur-es, Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue (1) n’oublient pas lesdits agents de sécurité privée, qui auront eux aussi de nouvelles possibilités pour jouer à la « police judicieuse », limitée pour l’instant (jusqu’à un ultérieur projet de loi ?) au Conseil National des Activités Privées de Sécurité), chargé par l’État de les contrôler. Officiellement, ils ne pourront exercer ce contrôle que dans le cadre de leur mission sur les 160 000 agents de sécurité privée : gardiens, vigiles, détectives privés, transporteurs de fond, gardes du corps et de leurs employeurs (mais officieusement ?), et ce, pour constater d’éventuelles infractions au code de la sécurité intérieure et pour sanctionner « des entreprises non respectueuse du protocole ».

Une loi de 2016 permet aux forces de l’ordre de filmer leurs interventions avec des caméras mobiles, à la condition que l’agent portant la caméra ne puisse pas accéder aux images, celles-ci ne pouvant être exploitées qu’a posteriori, si un événement survenu pendant l’intervention le justifiait. Cette condition, selon la CNIL, constitue une des « garanties essentielles » afin de rendre le dispositif tolérable. La législation proposée prévoit de supprimer cette garantie. Non seulement l’agent pourra accéder aux images qu’il a enregistrées, mais, plus grave, ces images ne seront plus uniquement exploitées a posteriori : elles pourront aussi être « transmises en temps réel au poste de commandement». Eh oui, la police est autorisée à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier une des 8 millions de photos déjà enregistrées dans le fichier de Traitement des antécédents judiciaires (TAJ).

En manifestation, la reconnaissance faciale en temps réel permettra de renseigner en direct les policiers de terrain sur l’identité des nombreux-ses militant-es qu’ils croiseront, déjà fiché-es à tort ou à raison dans le TAJ, fichier géré par la seule police sans contrôle indépendant. Les conséquences : accès au cortège empêché, interpellations suivies ou non de poursuite, fouilles au corps, confiscation de matériel, gardes à vue « préventives »…

Accentuation et légalisation de la surveillance de masse aérienne. C’est en violation de la loi que la surveillance aérienne est déjà pratiquée  et elle n’est pas là pour une approche non confrontationnelle du maintien de l’ordre. Ce qui est nouveau, c’est la transmission automatique des images et films enregistrés par les drones à la « salle de commandement » à la préfecture de police qui donne des ordres aux forces de police, sur place, pour organiser la confrontation, nassages… Cette politique de surveillance de masse aérienne s’inscrit dans une approche confrontationnelle. De deux manières.

Primo, tout comme pour les caméras mobiles, les images captées par drones peuvent être analysées par reconnaissance faciale en temps réel, facilitant les actions ciblées de la police contre des militant-es préalablement identifié-es. Ainsi, la surveillance aérienne permet de suivre à la trace n’importe quel-le individu-e repéré-e lors d’une manifestation, afin de diriger les forces aux sols pour le/la « rétamer ».    Mediapart a récemment relaté un exemple de militantes qui, pour défendre l’hôpital public, ont lâché une banderole flottante durant un discours de Macron. La police les a interpellées dans un domicile privé après les avoir suivies par drone, puis les a relâchées quatre heures après, elles n’avaient rien à se reprocher.

Secundo, c’est la possibilité de contrôle des actions collectives. Le drone est l’outil idéal pour la gestion de « flux » déshumanisés, propre à l’approche confrontationnelle. La position aérienne donne à voir concrètement ces « flux » et « liquides » que sont les manifestant-es. Elle fait apparaître les « robinets » et les « écluses » que les « bleus » peuvent actionner pour retenir, dévier ou faire écouler un cortège : nasses, barricades, filtres, grenades, canon à eau… avant le matraquage, les LBD, les arrestations…

A partir d’une visualisation élevée et lointaine, les ordres du centre de commandement sont déconnectés des considérations humaines les plus élémentaires : les manifestant-es ne sont plus que des points vus du dessus, où l’appréhension, la crainte, la souffrance, sont imperceptibles. Condition idéale afin d’éviter que les donneurs d’ordre ne soient distraits par quelque empathie, considération morale et scrupules, et pour que les manifestant-es soient dissuadé-es de revenir lors d’un prochain appel à faire valoir leurs droits.

Police floutée, justice aveuglée

On est en plein dans 1984 de George Orwell ou dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (2). Ecrits il y a plus de 70 ans, les deux best-sellers intemporels trouvent aujourd’hui un écho considérable : fake news, ultra-surveillance, fichage, aseptisation sociale et sanitaire… Un documentaire télescope l’actualité sur Arte (2).

L’article 24 du projet de loi stipule qu’il sera interdit au public de diffuser « l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police » et lorsque cette diffusion est faite « dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Première contradiction : comment savoir en amont qu’un cliché pris d’un gendarme servira ultérieurement à des fins reprochables ?! Les vigiles sont-ils concernés ? Au cas contraire, le visage ou le matricule devront être floutés ! Mais la police n’empêche t-elle pas déjà des personnes de la filmer alors qu’elles en ont parfaitement le droit ?!

Cette police va enfin pouvoir « bavurer » en toute quiétude, ne plus être prise en flagrant délire de tabassage, ou de flashball tiré à bout portant. De plus, cette disposition exigera que les réseaux sociaux censurent toute image de policier en action. On pourrait dire : « Ce qui est vrai, c’est que le pouvoir, qui a besoin de la police, est sous sa pression sur le thème « Laissez-nous réprimer comme on veut ».

Si le maintien de l’ordre était assumé dans un cadre de protection et d’apaisement, cette loi serait inutile. La population ne dénoncerait pas un policier et n’en diffuserait pas l’image si la stratégie de maintien de l’ordre ne reposait pas sur la violence. L’objectif de cette proposition est donc, in fine, d’autoriser implicitement la violence, de la légitimer puisqu’elle devient incontestable.

L’article 25 a son charme aussi : le fait qu’un policier, qu’un gendarme porte son arme hors service (dans des conditions définies par arrêté ministériel), ne peut lui être opposé lorsqu’il se promène, fait ses courses… Ça promet…

Par et pour la police

Le droit de manifester est une liberté fondamentale, la renier par des procédés opportunistes et déviants est anti-démocratique, ils sont de plusieurs ordres : loi dite anti terroriste, manifestation autorisée sous conditions intimidantes, tou-te citoyen-ne tenu-e pour suspect-e, caresser les « bleus » dans le sens du poil, alors que 55 % d’entre eux/elles votent facho, et moins de 10 % à « gauche » (prévoir les échéances électorales…

Dans ce contexte où, de plus, le contre pouvoir politique est en chute inexorable, où la contestation contre les violences policières s’amplifie, la seule motivation qui semble illuminer les députés LReM est de pratiquer une politique réactionnaire à faire pâlir Bolsonaro, Erdogan, Netanyahou, Trump…

Macron, le ministre Gérald Le Pen – pardon, Darmanin – le gouvernement et ses député-es (de gôche, du centre, de la « société civile ») ont donc choisi de prendre un virage à l’extrême droite.

Les rapporteur-es – qui étaient les mêmes pour le projet d’armement de la police municipale – ont remis leur rapport à Castex le 20 octobre ; Darmanin, pour escamoter le contrôle obligatoire du conseil d’Etat sur la constitutionnalité d’un projet de loi l’a transformé en proposition de loi porté par quelques député-es Conseil d’État sur la constitutionnalité, l’a transformé en proposition de loi, portée par quelques députés LreM.

Au bout du compte, de rétropédalage en rétropédalage, l’article 24 a été voté le 17 novembre par l’Assemblée nationale par 146 voix pour et 24 voix contre (sur 577).  Reste l’examen par le Sénat. L’article 24 ajouterait à la loi de 1881 (sur la liberté de la presse) un article, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende la diffusion, « dans le but manifeste qu’il soit porté à son atteinte à son intégrité physique ou psychique », de l’image d’un policier ou d’un gendarme.

Pathétique, même le RN a suivi la proposition, tout embarrassé d’être dépassé sur sa droite par la majorité sur une thématique sécuritaire. Faire de la liberté d’expression un « drapeau national » comme l’exprime Macron et consorts, ne peut qu’encourager le nationalisme et ses dérives…

Vous avez dit globale

Crées en mars 2019 sous l’égide du préfet de Paris, Didier Lallement , les Brigades de répression des actions violentes motorisées (Brav-M), la renaissance des inquiétants « voltigeurs » sera définitive. Initialement destinées à la répression prodiguées lors des manifestations des Gilets Jaunes, les Brav-M sont, depuis, passablement présentes lors de toute mobilisation. Une nouvelle « défonce » de l’Etat…

Drone with Camera isolated on white background. 3D render

Et non, ce ne sont pas des Braves Mecs !

Sous prétexte de sécurité globale, différentes mesures liberticides ont été décidées, ou vont l’être, en parallèle de la loi « Sécurité », le chef de l’État rappelant la nécessité du « renforcement de la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme ».

La loi du 30 octobre 2017 a établi une amende pour délit d’usage de stupéfiant, occupation illicite des halls d’immeubles.

Laloi de programmation de la recherche a introduit une peine en cas d’occupation d’un campus universitaire : Le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur sans y être habilité… dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement, est passible des sanctions ». Les sanctions en question vont jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende si les faits sont perpétrés « en réunion ».

Un décret du 14 août dernier a formellement changé la façon d’administrer le pays. Jusqu’en 2009, les ministères disposaient de services déconcentrés dans les départements. Les questions d’écologie étaient traitées par des personnels qualifiés du ministère de l’Écologie, les questions d’emploi et sociales par le ministère du Travail et des Affaires sociales, etc. En 2009, les services départementaux des différents ministères sont regroupés dans des directions communes : la Direction départementale des territoires regroupe à la fois des missions liées aux ministères des Transports, du Logement et de la Transition écologique, etc. Dépendant auparavant de plusieurs ministères à la fois, elles ont logiquement été placées sous l’autorité du Premier ministre, les préfets de départements en assuraient la coordination. Dorénavant, ces services seront « des services déconcentrés de l’État relevant du ministre de l’Intérieur, sous l’autorité du préfet ». Ainsi, le 1er flic de France a autant de pouvoir que le chef du gouvernement, le social, l’écologie, le transport… sont désormais subordonnés au maintien de l’ordre (sic).

La loi ASAP (Accélération et de simplification de l’action publique), loi fourre-tout permettant : d’alléger les contraintes administratives pour des projets industriels (et notamment le régime des enquêtes publiques), de créer de nouvelles règles relatives aux marchés publics, d’expulser en toute facilité les « squatteurs » , d’habiliter le gouvernement à légiférer par ordonnances, etc. Ce sont quelques unes des mesures phares de la loi. Il sera par exemple plus compliqué de dénoncer un projet industriel ou commercial contraire à l’intérêt commun.

En 2018, toujours pour notre « sécurité » (ça n’a pas été annoncé comme ça, cette loi) suite à la loi relative aux modifications de la demande d’asile, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, estimait que « le demandeur d’asile [était] mal traité » par la loi Asile et immigration de Gérard Collomb, « rendant les procédures encore plus difficiles pour les plus vulnérables » ; la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, exprimait, quant à elle « ses vives inquiétudes pour les droits fondamentaux des personnes étrangères ». (Je ne comprends pas pourquoi ça figure là ! Car tu n’expliques pas et ça me semble devoir engager un article complet, le sujet étant particulièrement complexe)

En 2018, encore, Macron songeait placer la presse sous tutelle grâce à des « structures » qui auraient la charge de « s’assurer de sa neutralité ». En parallèle, ses député-es adoptaient la loi « anticasseurs », restreignant le droit de manifester, qui découle de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme sur la liberté d’opinion. (même remarque que ci-dessus).

Le PPA (3) vent debout

Depuis ce 17 novembre, les journalistes d’abord, rejoints plus tard par leurs directions du Parti de la Presse et de l’Argent, fustigent l’article 24 du projet « global »et réclament son annulation. Aurait-on entendu quelques un-es de ses rédacteur-trices et autres pisses-copie dénoncer le projet de loi dans son intégralité ? (A ma connaissance) que nenni, ces « bobardiers » ne revendiquent que pour leur « paroisse », pour pouvoir à leur convenance filmer et photographier les policiers à la manœuvre ! Mais, ce corporatisme est scandaleux, il est volontaire – voire calculé. Seules des tribunes, et au sein de médias indépendants, explicitent l’entièreté du projet, sur la base souvent d’analyses pertinentes.

Que la liberté d’expression soit à géométrie variable, le pouvoir politique n’en n’est pas le seul responsable : nous relations (dans ce club), le silence assourdissant du PPA concernant la 3° marche des sans-papiers le 17 octobre (4).

Ajoutons, que les journalistes n’ont pas l’exclusivité pour prendre la police en image, des associations  pour les droits humains ont aussi des « observatoires » afin de rendre compte lorsque la police agresse…

Police privée

Enfin, la globalité du projetn’est-elle pas rivée aussi sur l’économie ? La gestion de la « sécurité » évolue dans le sillage des contre-réformes : permettre à la police municipale de faire dans le judiciaire, et autoriser des sociétés de gardiennage à faire la police par ce premier jalon législatif pose aussi questions et notamment de privatisation de ce pouvoir régalien

Manu, banquier d’abord, fanatique du néolibéralisme multilatéral, ne manquera pas à un moment ou un autre, de restreindre encore les moyens budgétaires aux collectivités locales.

Si par ailleurs, les communes voient leurs compétences élargies pour leur police, elles seront responsables des bavures possible des municipaux, de subir le courroux des défenseurs de la démocratie, mais à la mairie concernée.

On assisterait à la créeation d’un Etat policier à deux vitesses, selon les moyens financiers de la collectivité.

En guise de conclusion

Le président des français-es, qui n’a que mépris pour les classes populaires exploite le sentiment d’insécurité provoqué par la psychose entretenue du Covid, le terrorisme, le chômage, la délinquance, la peur de l’étranger… pour faire passer une loi liberticide .

L’article 24 ne serait-il pas l’arbre qui cache la forêt  d’un projet plus global ? Tout cet arsenal législatif permettra de réprimer les « sauvageons » des cités, harceler les sans papiers dans les camps « sauvages », matraquer les étudiant-es, prévoir les prochaines explosions de colère qui ne vont pas manquer d’émerger, du fait de millions de précaires supplémentaires suite à la crise sanitaire. Ne s’agit-il pas de surveiller la population des quartiers populaires, « les plus pauvres sont considérés comme classe dangereuse ». 

Covid ou pas, la route tracée par le chef de l’État ne changera pas d’un iota, favorisant les profiteurs du CAC 40 notamment alors que que les licenciements économiques vont provoquer une explosions du chômage et de la précarité dans les prochains mois.

La colère populaire, voire la rébellion, est crainte pas les dirigeant-es/possédant-es. Elle sera alors ingérable par les corps intermédiaires comme prouvé lors de l’épisode des gilets jaunes. L’état d’urgence sera permanent (en place depuis 2015 sans que le terrorisme soit stoppé), voire  le couvre feu, en cas de lutte populaire est quasi certain.

En parallèle, voilà déjà quelques années que nous constatons avec amertume un délitement de l’organisation collective sociale : désyndicalisation, diverses associations culturelles, sportives, écologiques, etc. en perdition, l’individualisme, le consumérisme, etc. prenant le pas sur le collectif. Mais avec les conséquences de la crise sanitaire, couplé avec l’accentuation de la crise économique, le risque d’une désagrégation du tissus social guette la société  contemporaine.

Il paraît évident, que le pouvoir craint le risque de rébellion et s’empresse à légiférer. Et ses projets ne sont pas au bout : le détricotage des lois de 1901 sur les associations, et de 1905 sur la laïcité, et bien d’autres surprises…

A voir et diffuser largement : Clarisse Sand, avocate spécialisée en libertés publiques, détaillant (notamment) le projet de loi du 21 décembre 2020 “instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires“. Les médias mainstream ont simplement focalisé sur le passeport vaccinal, alors que les enjeux sont bien plus graves.

Source : sites gouvernementaux, médias en ligne…

(1) Ex chef du RAID – Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion – Unité d’élite de la police

(2) La chaîne de télé Arté présente jusqu’au 18 février prochain, le documentaire George Orwell et Aldous Huxley : 1984 ou Le meilleur des mondes ?  

(3) le PPA – Parti de la Presse et de l’Argent – Cette dénomination de la presse au service du pouvoir et de l’argent, a été inventée par PLPL – Pour Lire Pas Lu – un bimestriel fondé en juin 2000, par le journaliste Pierre Carles et animé par Serge Halimi (Monde Diplomatique), membre de l’observatoire français des médias (ACRIMED). PLPL (publié jusque fin 2003) dénonçait régulièrement tous les organes de presse et journalistes soumis au Pouvoir et à l’Argent (acrimed.org/)  

(4) Le 17/10, Samuel Paty était lâchement exécuté. Sujet, malheureusement ô combien racoleur pour le PPA, qui ne s’en est pas privé.