Témoignage d’un syndicaliste soignant suspendu

Témoignage d’un syndicaliste soignant suspendu

Au bout de 6 mois de  de discrimination dont 4 de suspension, nous, soignants, ne parvenons toujours pas à mobiliser suffisamment de colère pour cramer des pneus comme l’auraient fait tous les ouvriers épaulés par leurs syndicats, face à un plan de licenciement.

Je ne sais pas pourquoi.

Parce que soignants, sommes-nous tant habitués à esquiver la violence mal placée pour y répondre avec empathie et bienveillance ?

Ou est-ce l’effet d’une violente et brutale discrimination ?

À travers les récits historiques de la discrimination des Noirs durant l’apartheid ou des juifs en 40, j’avais du mal à comprendre une certaine forme d’acceptation voire de résignation des populations.

Ou bien je me disais que lorsque l’on naît et grandit Noir ou femme, il est difficile de concevoir même l’idée puis de ressentir la nécessité de revendiquer l’égalité de traitement.

Il doit y avoir du vrai.

À vivre nos suspensions arbitraires institutionnelles, à constater une haine décomplexée et non sanctionnée des plateaux de télévision jusqu’au sommet de l’état, en passant par la minimisation, l’indifférence, la culpabilisation puis l’abandon de certains amis, je demeure sans haine ni colère.

Je reste à la place que me réserve cette société. Sans revenus, sans pouvoir emmener mes enfants à la piscine ni au musée, sans perspective d’avenir au delà de quinze jours.

Mon être replonge dans le sentiment d’exclusion qui a longtemps paralysé beaucoup d’adolescents. Il doit y avoir une forme d’automatisme propre au mammifère exclus du groupe dont sa survie dépend. Il se tait, reste en retrait et se contente de bouffer les restes en silence.

À partir de là, je devine que nous subissons de très anciens mécanismes qui ont aboutis à l’exclusion, la stigmatisation, la culpabilisation, l’extermination de personnes.

Nul ne sait comment cela finira. Tout est possible. Le meilleur comme le pire.

Je m’efforce encore avec des camarades indignés à revendiquer le respect des droits des salariés auprès des politiques de la CGT.

Là, je me sens encore légitime.

Bill Ray

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