Après les présidentielles une nouvelle donne pour le syndicalisme … et de la difficulté de la CGT à s’en emparer !

Après les présidentielles une nouvelle donne pour le syndicalisme … et de la difficulté de la CGT à s’en emparer !

Dès le lendemain du premier tour, je pointais l’absence de légitimité pour la poursuite de la politique macroniste. Le président sortant ne recueillait en effet que moins de 30 % des suffrages exprimés, soit à peine 20 % des électeurs inscrits. Le score du deuxième tour confirme le rejet massif de la politique antisociale menée pendant 5 ans pour satisfaire la gourmandise insatiable d’une minorité indifférente au sort des classes populaires et moyennes. En 5 ans, le monarque jupitérien a perdu, face à la candidate du racisme et de la xénophobie, 10 points.

L’autre nouveauté révélée par ces élections est l’existence potentielle d’un pôle de gauche de même niveau que l’extrême-droite et la droite libérale. Le désir d’unité manifesté par les électeurs a conduit ce pôle à partir aux législatives avec des candidatures communes dans toutes les circonscriptions sous la dénomination NUPES. Je pense même qu’il aurait été souhaitable que la CGT exprime ce désir d’unité dans l’intérêt du combat revendicatif. Mais ma confédération bien aimée a toujours eu du mal à réagir promptement aux changements d’environnement.

Ne voyant rien venir d’en haut, je me suis résolu à en faire part aux délégués de mon syndicat, la CGT Educ’action Alsace, qui participaient au congrès de l’Union Départementale CGT du Bas-Rhin les 5 et 6 mai dernier. Une rapide concertation fait apparaître une convergence d’analyse qui conduira à soumettre au débat du congrès une motion dont l’objet est d’engager la CGT dans un appel aux salariés pour empêcher Macron d’avoir une majorité de députés à l’Assemblée Nationale.

Comment allait réagir une assemblée de délégués des syndicats CGT qui n’avaient pu se préparer en amont à aborder une question qui interférait directement avec le champ politique ?

La longue histoire de la CGT nous enseigne que la confrontation avec ce champ politique a souvent été source de difficultés voire de tensions et de divisions. Le débat fut cependant empreint de sérénité, d’écoute réciproque, avec un échange d’arguments sérieux.

Que proposait la motion ?

Comme je l’ai écrit quelques lignes plus haut, les salariés ont été soumis à cinq ans de politique de casse sociale que la CGT et d’autres forces syndicales, ainsi que le mouvement des gilets jaunes, se sont échinés à combattre pied à pied sans pour autant réussir à empêcher la dégradation de la situation. Seule la survenue de la  pandémie a permis que la réforme de la retraite soit  momentanément mise sous le boisseau en attendant le retour d’une situation propice pour le pouvoir. Le candidat Macron a d’ailleurs clairement indiqué que l’âge de départ en retraite serait porté à 65 ans lors de son prochain mandat. En clair la valeureuse CGT a fait preuve de combativité mais échoue à stopper les mesures libérales en faveur des employeurs et encore moins à gagner des mesures de nature à inverser réellement la tendance. Même si la tactique de lutte peut et doit se discuter, l’essentiel réside dans un rapport de forces insuffisant dont l’analyse est trop vaste dans le cadre du présent article.

Dans ce contexte, il est indispensable de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. Or, précisément, le nouveau paysage politique dessiné par les présidentielles offre une fenêtre de tir dans le cadre des élections législatives. L’alliance de la NUPES couplée à une impopularité importante du président réélu peut déboucher sur l’absence d’un soutien majoritaire à la chambre des députés pour le locataire de l’Élysée. C’est possible mais loin d’être gagné à l’avance. Le combat syndical peut-il rester indifférent à cette situation propre à lui fournir des points d’appui ? D’autant que les différentes luttes sociales du XXIème siècle ont toujours souffert de l’intransigeance d’un pouvoir d’État doté d’une majorité solide. L’absence d’une telle majorité est porteuse d’un environnement favorable pour négocier, par les manifestations et les grèves, la satisfaction des revendications.

Dès lors le syndicalisme et donc la CGT n’ont-ils pas intérêt à faire advenir cette configuration souhaitable ? Cela suppose d’éclairer les syndiqués, les salariés pour leur permettre de s’engager.

Oui, les salariés ont intérêt à aller aux urnes et à faire le seul choix qui enlèvera au président une part importante de son pouvoir d’ordre monarchique. Ce seul choix, c’est de voter pour une ou un candidat de la NUPES. C’est ce que dit la motion soumise au débat.

Si la motion fut soutenue par plusieurs interventions, d’autres plus nombreuses s’exprimèrent contre un appel qui prenait parti pour une alliance politique.

Ces oppositions mêlèrent le refus de prendre une position à caractère politique, de se mettre à la remorque ou de soutenir un mouvement ou parti politique, de ne plus être indépendant, mélangé à la crainte de porter une responsabilité future dans l’échec d’une politique, de diviser ou d’exclure des camarades qui n’approuvent pas la NUPES, que le programme de la NUPES est inférieur au programme revendicatif de la CGT, que la seule la lutte est la bonne solution. Un ancien secrétaire général rappela même que la CGT avait analysé que le soutien au programme commun était une erreur et qu’il ne fallait donc plus prendre une position de cette nature.

L’auteur des ces lignes est évidemment en désaccord avec tous ces arguments rejetant un appel clair pour un vote identifié. Mon rejet de ces arguments, je les puise dans les valeurs forgées au fil de l’histoire de la CGT. La CGT n’a jamais dit qu’elle s’interdisait d’exprimer des idées d’ordre politique. La raison en est simple. Pour défendre nos intérêts, nous nous opposons à nos employeurs qui reçoivent très souvent des soutiens politiques. La CGT a toujours affirmé son absence de neutralité. L’expression d’une opposition ou d’un soutien à une politique précise est donc affaire de contexte qu’il s’agit d’apprécier. Ce fut le cas à plusieurs reprises dans l’histoire de la CGT. Rester indépendant n’implique pas le refus de se positionner. L’indépendance consiste à ce que la décision soit prise démocratiquement en interne de la CGT conformément à nos règles statutaires. Par ailleurs, l’histoire montre également que le progrès social se conquiert par la lutte, mais une lutte qui articule le rapport de forces dans la sphère sociale ainsi que dans la sphère politique.

Le résultat du vote des délégués du congrès exprime pour l’heure que la majorité des militants reste très frileuse lorsqu’il s’agit d’analyser et de prendre position sur des aspects directement politiques. 72 voix contre la motion, 26 pour la motion, 14 abstentions.

L’ancien responsable syndical que je suis le déplore. Cependant, je me félicite de la bonne tenue du débat démocratique qui témoigne de la capacité à interroger un évènement, condition indispensable pour une action orientée susceptible de peser dans la défense des intérêts des salariés. Le CCN de la CGT du 11 mai vient  d’émettre le souhait suivant, un peu noyé dans une longue déclaration : « Un bloc de députés progressistes, le plus important possible, à l’Assemblée nationale, doit permettre de traduire les conquêtes des salariés dans la loi. » Le CCN reconnaît le besoin d’un rapport de forces plus  favorable aux revendications syndicales mais la frilosité l’emporte également. Encore un effort, a-t-on envie de dire. L’époque de la courroie de transmission est révolue. Mais il serait temps que le syndicalisme s’affranchisse de ce poids de l’histoire et prenne ses décisions en fonction de l’analyse réelle des besoins des salariés.

L’avenir nous révélera bientôt les conséquences du nouvel environnement politique.

Raymond Ruck – Ancien secrétaire régional CGT Alsace

Annexe : texte de la motion soumise au congrès

Il y a quelques semaines, l’extrême-droite était au second tour de l’élection présidentielle, conséquence directe d’un quinquennat d’attaques brutales contre les travailleurs et la démocratie.

La CGT a été de toutes les luttes contre la misère, les lois anti-sociales et la brutalité de ce gouvernement, malgré des atteintes graves portées à l’action syndicale et au droit de manifester.

La promotion du fascisme et de sa propagande raciste n’a qu’un but : affaiblir notre camp par la division.

Si la lutte se mène dans la rue et dans les entreprises, on ne peut pas ignorer le contexte électoral qui déterminera le rapport de forces pour les années à venir.

La CGT est indépendante des partis politiques : elle exigera que ses revendications soient entendues quel que soit le gouvernement mis en place après les prochaines élections législatives.

Cependant, les attaques du quinquennat Macron ont été tellement brutales et le péril fasciste  n’ayant jamais été si fort depuis la dernière guerre, qu’il nous semble logique d’empêcher Macron de disposer d’une majorité à l’Assemblée Nationale, d’aider le mouvement politique progressiste le plus à même d’enrayer la fascisation de l’État français, et dont les revendications sont les plus proches de celles de la CGT et des travailleurs, de manière à inverser le rapport de force électoral.

Dans les moments de fascisation, la CGT a su par le passé créer l’unité comme lorsqu’elle a été partie prenante de l’élection du Front populaire.

C’est pour ces raisons, et dans cette circonstance particulière, qu’en toute indépendance et de manière vigilante et critique, maintenant et au-delà de l’élection, la CGT 67 appelle à voter pour les candidats de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale aux élections législatives.

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1 commentaire pour l’instant

Jano Publié le2:18 - mai 13, 2022

Salut,

« L’époque de la courroie de transmission est révolue » ; extrait de cette lettre.
Heu, non ! Jamais, au grand jamais, une organisation syndicale ne se libère d’une tutelle partidaire dans notre société. Ou alors, faut le prouver.
La Charte d’Amiens (qui est en fait une motion) est là pour toujours rappeler l’indépendance syndicale (pas vraiment respectée dans l’histoire de la CGT – sans m’étendre sur les autres réformistes). Ou alors faut l’abroger.
Rien que le fait que des syndiqué-es ont un mandat également dans un parti politique, égratigne potentiellement l’indépendance syndicale.

Mais, si on veut tendre vers l’émancipation, il n’est pas interdit par les statuts de lister les principales mesures des programmes des partis, en laissant le choix à chacun-e.
Du coup, cela permet aussi d’éclairer sur les raisons réelles de syndicalisation selon les travailleureuses.

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