Crise sociale, quelques exemples

Crise sociale, quelques exemples

Que la crise sanitaire fasse depuis bientôt deux ans l’évènement médiatique ne peut dissimuler la question sociale. Les médias mainstream informent, au bon vouloir du prince et des patrons de presse fortunés, pour occulter la réalité économico-sociale, afin (officiellement) « de ne pas en rajouter à l’inquiétude quotidienne des travailleureuses confronté-es aux  difficultés liées à la pandémie, ainsi qu’à des nouvelles peu réjouissantes du monde… »

Pourtant, les chômeurs longue durée et les derniers arrivés « apprécieront » les nouveaux textes régissant leurs droits, à partir de ce 1er octobre. La contre-réforme des retraites, elle, a beau embarrasser Macron, une promesse électorale est une promesse. L’«accueil » et l’expulsion des réfugié-es et autres migrant-es est digne d’un Etat draconien et oppresseur. L’inflation ne produira pas d’hyperinflation (sur le volet de la revalorisation des salaires) alors que grimpent en flèche les prix des produits de première nécessité.

Subissant de facto une précarité à la consommation, les travailleureuses (chômeur-es, salarié-es pauvres, étudiant-es) doivent encore subir une scabreuse ambiance sociale, véhiculée notamment par la gestion de la crise sanitaire, et le mépris des « élites » envers ces plus fragiles.

Mais, les luttes sociales essaiment : anti-pass, grève des soignant-es, des agents de nettoyage, des chauffeurs de bus, de l’Educ, chez Renault, journée de grève privé/public…

Chômage

Saisie par sept syndicats qui contestaient la réforme de l’assurance-chômage, la juge des référés du Conseil d’État a suspendu ce 21 juin les règles de calcul du montant de l’allocation chômage qui devaient entrer en vigueur au 1er juillet : « Les incertitudes sur la situation économique ne permettent pas de mettre en place ces nouvelles règles censées favoriser la stabilité de l’emploi. » Mais la juge ne remettait pas en cause le principe du projet lui-même.

A l’origine, l’« échec » des  négociations de 2018 poussa le gouvernement à produire un nouveau décret en juillet 2019 afin de redéfinir le régime d’assurance-chômage. Puis, une nouvelle annulation – partielle – par le Conseil d’État en novembre 2020 fut prononcée. Renouvelé une nouvelle fois en mars dernier, le décret reprend les dispositions relatives au mode de calcul de l’allocation et de la contribution des employeurs. Une fois de plus, les syndicats ont dû demander en référé à la même Cour de suspendre ce dernier décret.

Nullement impressionné par la répétition oppositionnelle et unanime des organisations syndicales, et après un ripolinage des règles de calcul de l’allocation, le ministère du travail prétend notamment – et avec insistance – favoriser les « emplois durables » en réduisant l’indemnisation chômage des salarié-es alternant périodes d’emploi et périodes d’inactivité,  avec un système de bonus-malus sur les cotisations chômage dues par les employeurs, afin d’inciter ces derniers à proposer des contrats longs. Or, de nombreuses incertitudes subsistent quant à l’évolution de la crise sanitaire et ses conséquences économiques sur la situation des entreprises qui recourent largement aux contrats courts pour répondre à des besoins temporaires. Aussi, ces nouvelles règles pénaliseront significativement les salarié-es de ces secteurs qui subissent déjà l’alternance entre périodes de travail et périodes sans travail.

Cette contre-réforme sera appliquée en deux temps, le premier concernant les demandeurs d’emploi, entre en vigueur ce 1er octobre. Dans un second temps, concernant les entreprises, le système de bonus-malus ne serait mis en œuvre que fin 2022. 

En supplément « gracieux », en ce mois de septembre, les « partenaires sociaux » ne sont toujours pas destinataires du document relatif à cette dernière version, alors que celle-ci prend acte maintenant. C’est une nouvelle restriction sur les droits à l’allocation-chômage que vont subir les sans-emploi, accroissant ainsi leur misère.

Les retraites

En ce qui concerne la contre-réforme promise par Macron, lors de son investiture, le gouvernement Castex tergiverse mais ne bat pas en retraite, alors que le 1er ministre précise que le projet n’est pas à l’ordre du jour car « l’impérieux devoir (est) de favoriser au maximum l’unité du pays », « on fera ça quand on tombera les masques ».Au sens propre ou figuré ? Quant au ministre de l’économie, Bruno Lemaire, il persiste invariablement à légiférer.

Pensant d’abord qu’un nouveau passage sur le billot ne sera opéré qu’après les prochaines échéances électorales, les travailleureuses doivent bien se faire à l’idée que ce gouvernement est conforme à une loi de la physique, à savoir « quand le vent tourne, la girouette s’exécute ». De quoi en perdre le nord. Gabriel Attal, porte-parole du pouvoir, affirme bienqu’il ne confirme rien : « certaines parties du projet » pourraient être mises en œuvre, sous certaines « conditions ». « Première condition, c’est la maîtrise de l’épidémie sur le long terme ; deuxième condition c’est la reprise de l’économie là aussi sur un temps confirmé ; la troisième condition qui nous tient à cœur c’est la question de l’unité de notre pays dans ce contexte ». « Aujourd’hui (…) les conditions ne sont pas réunies. Je ne peux pas vous dire qu’elles ne le seront pas d’ici la fin du quinquennat ». En matière de langue de bois, difficile de faire mieux ! Reconnaissons que mettre en route pareille « réforme » au moment de la campagne électorale semble difficile, voire impossible.

Le lourd projet de contre-réforme des retraites « version 1 » porté sous le gouvernement Philippe a été définitivement supprimé par la crise sanitaire. Le premier objectif annoncé était de simplifier le mécanisme global en mettant fin aux 42 régimes spéciaux pour créer un système universel de retraite : vers une logique du « 10 euros cotisés = 1 point, quelle que soit la profession ». Le second portait sur l’âge de départ, avec l’idée d’un âge pivot à 64 ans. En débat au Parlement, puis adopté au forcing en première lecture, ce projet a été suspendu à la mi-mars 2020, au début du premier confinement.

La Cour des comptes appelle l’Etat à entamer dès la fin de la crise sanitaire des efforts pour rétablir les finances publiques. Son président Pierre Moscovici (par ailleurs commissaire européen) estime que l’année 2023 doit être celle des réformes du régime des retraites, de l’assurance-maladie, des minima sociaux, de la politique de l’emploi et du logement. Rien que ça…

Face à la crainte d’un soulèvement sociale puissant, la Cour des comptes invite à une action « diplomatique », et à « prendre le temps, de crainte qu’un projet précipité ne fasse tomber la réforme ». Moscovici précise qu’il importe de faire attention à l’équité (sic). Mais à quelle équité pense- t-il ? Celle du respect des régimes actuels ou l’équité « universelle » ?

Selon la cour des comptes, aujourd’hui, 1,1 salarié cotise pour un retraité, alors que le ratio était de 4 pour 1 il y a 50 ans. En 2018, seuls 63% des hommes et 52% des femmes avaient une activité professionnelle au moment de leur départ en retraite. Deviendrait-elle conseillère politique du gouvernement pour la gestion sociale de la société ? Pour augmenter le ratio salarié/pensionné, la solution ne serait-elle pas de donner du travail à tous, en réduisant le temps de travail ?

Racisme d’État

La police et la mairie détruisent les installations d’eau des réfugiés à Calais ! Pour le reporter Louis Witter, en date du 16 Septembre : « Assoiffer les gens est donc une politique publique ». Ce jeudi 16 septembre, la mairie de la ville a installé des rochers sur le chemin qui leur sert à recharger l’unique point d’eau qui répond aux besoins de quelques 650 personnes réfugiées. La police, quant à elle, a lacéré la cuve d’eau au couteau.

Ce nouvel acte cynique et sournois n’est pas sans rappeler l’intercession du ministre Darmanin auprès de la mairesse LR de Calais, Natacha Bouchart qui, un an plus tôt, s’était soldé par un arrêté préfectoral interdisant la distribution de repas par les associations non mandatées par l’État. Le prétexte était sanitaire. Avec cette fourberie le gouvernement, prétextant que ces associations serviraient une alimentation malsaine, affame et assoiffe, en se souciant de la santé des migrant-es ?!

Or, il ne s’agit pas d’une première, le collectif Calais Food Collective s’en plaignait déjà : « Après que la mairie nous ait saisi 2 GRV (grand récipient pour vrac), aujourd’hui nous sommes à un stade supérieur qui est de les détruire ». En effet, le nouveau récipient mis à disposition le 17 août, où chaque jour une provision de 2000 litres d’eau devait être déposée, la police l’a percé au couteau le lendemain, le dimanche 18. Le 8 septembre, à l’occasion de l’installation de nouveaux enrochements bloquant l’accès à la cuve qui alimente 750 personnes, le collectif explique le harcèlement méthodique subi cette année : « 3 février, la cuve est enlevée par la police ; 8 février, une autre cuve est volée par police ; 17 février, également ; 6 mai, la police nous demande de déplacer une cuve ; 13 juin, de l’essence est répandue autour de celle-ci ; 16 juin, elle est volée ; 28 juin, 12ème arrêté interdisant les distributions d’eau et de nourriture dans le centre-ville ; 3 juillet, la nouvelle cuve est détruite ; 21 août, une autre cuve est détruite au moment d’une descente de CRS ; 31 août, des roches empêchant la distribution et l’accès à l’eau coïncident avec notre communication ;  1er septembre, une cuve renversée et une cuve vidée. Le lendemain, encore une cuve volée, puis un robinet volé, etc. »

Cette politique en matière « d’accueil » des réfugiés et autres migrant-es est délibérée et illégale, alors que les moyens de rejet ne manquent pas : éloignement, refoulement, reconduction, sont des termes dont la traduction se résume à l’expulsion : Obligation de quitter le territoire français.

On compte actuellement 21 millions de personnes réfugiées dans le monde, dont 86 % sont accueillies par des Etats pauvres. Aujourd’hui, un habitant sur quatre au Liban est un-e réfugié-e syrien-ne. C’est bien plus qu’en Allemagne où on dénombre 74 réfugié-es pour 10 000 habitant-es, et en France où on n’en compte qu’1,51 pour 10 000 habitant-es.

Notre humanité fait aussi naufrage en abandonnant plus de 20 000 migrant-es et réfugié-es qui ont péri en mer depuis 2014. Selon l’Unicef, l’Afghanistan est aujourd’hui la troisième urgence humanitaire au monde, avec 18 millions (M) de personnes en urgence humanitaire, dont 10 M d’enfants. 4,2 M ne sont pas scolarisés, dont 2,2 M de filles, et 2 000 violations graves des droits de l’enfant…

Cette politique raciste, outre qu’elle frappe les quartiers populaires, concerne également les gens du voyage. L’Observatoire pour le droit des citoyens itinérants constate que la France bafoue largement leur droit au logement et pratique la ségrégation et l’exclusion des populations voyageuses, en ne leur accordant pas les mêmes droits garantis à l’ensemble de la population, comme la suspension des expulsions pendant la trêve hivernale, l’interdiction des coupures d’eau ou le libre choix de son lieu de résidence.

L’inflation au galop

L’ampleur des inégalités concerne les revenus, l’éducation, les territoires, le travail et donc les modes de vie. L’écart des salaires se creuse depuis 2018, soit depuis la mandature de Macron. Difficile d’en préciser l’étendue depuis le Covid. Mais quels que soient les secteurs sociaux, ces disparités vont engendrer davantage de pauvreté, s’accentuant d’autant au rythme de l’inflation. Et ce n’est pas un minable « rattrapage » du Smic (2.2 % en octobre) qui va changer la donne. L’augmentation du Smic n’est que l’application mécanique prévue dans le Code du travail, tout comme celle de 0,99% au 1er janvier dernier. Donc après les 17 euros de cet hiver, avec 35 euros maintenant, le total brut se monte à environ 37 euros net ! Le taux horaire du SMIC passe ainsi de 10,25 à 10,48 euros brut, soit un SMIC mensuel brut de 1589,47 € pour 35 heures par semaine et à temps plein.

N’omettons pas  la surreprésentation des smicards parmi les salarié-es à temps partiel : 25,2 % en 2007, conséquence d’un accroissement de certaines branches d’activités imposant davantage d’emplois à temps partiel, notamment dans les services et la grande distribution.

Inutile donc pour les « en marche » de pavoiser ! Avec les 100 Mds de plan de relance, Macron ne pouvait ignorer les smicards, au moment de la campagne électorale.

Selon l’Insee, en 2011, 10,6 % des salarié-es étaient rémunéré-es au Smic, soit environ 1,8 million de personnes. Le taux varie grandement selon les branches de production : l’hôtellerie-restauration emploie par exemple 35 % de personnes au Smic. Ils/elles sont 16,4 % dans le domaine de la santé et de l’action sociale. En augmentant uniquement le Smic et non l’ensemble des salaires, le taux de smicards s’accroit. Mais les smicards ne sont pas isolés au plancher du salaire, les précaires, et même celles et ceux à temps complet avec moins de 1400 euros de revenu ont des difficultés pour joindre les deux bouts. On peut estimer aujourd’hui que 2,5 M de travailleureuses survivent ; globalement ça tourne autour de 10 M de personnes, soit un taux qui dépasse les 14 % de la population. Dans l’Education par exemple, 10 % des enseignant-es ne sont pas titularisé-es (donc précaires), traduction = 10 % vont devoir patienter un à deux mois pour avoir un salaire et leur contrat en Cdd.

Sur le plan énergétique, le prix du gaz a grimpé de 20 % entre janvier dernier et décembre prochain, il grappillera encore 4,7 % en octobre. L’électricité aura elle gonflé de 10 % pour 2022. Le carburant (diesel, essence) varie entre 1,55 euro à 1,80 euro le litre – du jamais vu. On nous serine que les prix des matières premières augmente suite à une reprise de la demande, or si en janvier le cours du pétrole était à 50 $ le baril, à t-on baissé le prix à la pompe ? Que nenni ! Actuellement son cours est à 70 $. Or, il fut par le passé, à plusieurs reprises, très proche des 100 $ ; pourtant son prix à la pompe n’a jamais été aussi cher.

Il importe de se rappeler qu’une augmentation brute des tarifs à la production accroit de facto les nombreuses taxes, celles-ci étant calculées en pourcentage. D’ailleurs, pour l’électricité, en France les abonnés sont surfacturés avec un taux de 30 % de TVA.

Les loyers (non répertoriés dans le calcul de l’inflation) augmentent modérément, l’indice annuel est une moyenne nationale qui gomme les disparités régionales et les types de logements. Difficile aujourd’hui de trouver en province un studio à moins de 500 euros de loyer mensuel.

Enfin, est-il besoin de préciser que les prix des produits de premières nécessités ont fortement grimpé !

Tout comme l’ensemble matériaux et des produits non alimentaires. Bref, si l’Insee évoque 1,9 % d’inflation en un an, à « gauche », on note 3 % d’augmentation générale. Mais études et indices ne font pas la distinction entre un produit de consommation courant et un produit exceptionnel, ce qui fausse la réalité pour le porte-monnaie.

Si la gestion sanitaire permet à la bourgeoisie de s’enrichir, c’est au détriment de la classe laborieuse, les milliards qu’ils/elles ont engendrés n’ont fait l’objet d’aucune  redistribution pour les salaires et la protection sociale.

Lutter contre l’obligation vaccinale, c’est bien ! Lutter pour la défense des libertés fondamentales, c’est mieux !! Lutter pour un travail pour tous et toutes, pour une revalorisation des salaires, des retraites, pour une protection sociale digne de ce nom, c’est encore mieux !!! Abolir cette start-up nation et dégager ce régime, ce serait génial !!!!

Ce 5 octobre, l’appel à entamer la grève concerne toustes les salarié-es public/privé.

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Jano Celle

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