« L’arrogance des États-Unis envers les Palestiniens se retournera contre eux »

« L’arrogance des États-Unis envers les Palestiniens se retournera contre eux »

(Marwan Bishara, Al Jazeera, 28 janvier 2020)

L’administration Trump a donc levé le rideau sur l’acte final de sa diplomatie au Moyen-Orient en révélant son « plan de paix ».

La résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU) exigeant le retour d’Israël à ses frontières de 1967 ?

Oubliée. Trump prévoit la moitié d’un Etat palestinien sur la moitié de la Cisjordanie, mais seulement après que les Palestiniens auront combattu le terrorisme [la résistance palestinienne] et reconnu Israël comme Etat exclusivement juif s’étendant sur environ 90 % de la Palestine historique.

La question des colonies israéliennes sur les terres palestiniennes en Cisjordanie occupée, déclarées illégales par le Droit international ?

Elles seront légalisées et reconnues comme faisant partie d’Israël, comme seront annexés la Vallée du Jourdain et le Golan syrien.

La question de la Jérusalem occupée annexée illégalement ?

Jérusalem sera reconnue comme seule et unique capitale d’Israël.

La question des réfugiés palestiniens et de leur droit inaliénable au retour et à l’indemnisation ?

Leur droit au retour sera définitivement oublié.

La politique de répression massive exercée par l’armée israélienne dans les Territoires occupés? Les milliers de prisonniers politiques palestiniens, enfants, femmes, parlementaires élus compris ? Les exactions et violences des colons ?

Le contrôle israélien sera prolongé et les palestiniens resteront à la merci des forces d’occupation.

Rappelons que l’administration Trump a déjà fermé le bureau de l’Organisation de la Palestine à Washington, suspendu les aides américaines à la Palestine, transféré l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, effacé la question des réfugiés en suspendant tous les financements de l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies (UNRWA) pour quelques millions de Palestiniens répartis dans les camps au Proche-Orient, fait engager dans la commission ad hoc à l’ONU la réflexion juridique préparatoire à la redéfinition du statut de réfugié pour les descendants de la Nakba (la »catastrophe » qui a abouti à l’expulsion en 1948 de centaines de milliers de Palestiniens chassés de leurs terres et villages lors de la création de l’État d’Israël).

Rappelons aussi que le plan Trump n’oublie pas de prévoir la renonciation de toute poursuite devant le Cour Pénale Internationale des responsables israéliens de crimes de guerre, ni d’exiger l’arrêt des aides financières aux familles de prisonniers, souvent seule ressource de familles palestiniennes qui toutes, quasiment, ont au moins un membre qui a connu la prison.

Mentionnons pour mémoire le lien routier par tunnel prévu avec la bande de Gaza qui resterait sous contrôle israélien et le rattachement à l’« État palestinien » de quelques confettis dans le désert du Sinaï.

« État » palestinien, vraiment ? Ou plutôt Bantoustans palestiniens de fait, sur le modèle des Bantoustans qu’a connus l’Afrique du Sud durant la période d’apartheid !

L’annonce du plan Trump a été faite ce 28 janvier en présence des seuls représentants israéliens.

Après la sidération provoquée par le « deal du siècle » du président américain les 27 pays de l’Union européenne  ont, une fois n’est pas coutume, parlé d’une seule voix pour rappeler la nécessité d’une solution négociée et viable prévoyant deux États qui tienne compte des aspirations légitimes tant des Palestiniens que des Israéliens, en respectant toutes les résolutions pertinentes de l’O.N.U.

Pour sa part la France s’honorerait en reconnaissant l’État de Palestine, déjà admis comme membre observateur à l’ONU faut-il le rappeler, et  comme l’y invitaient en 2014 l’Assemblée nationale et le Sénat.

Elle s’honorerait en rappelant les principes fondateurs du droit international si manifestement oubliés par l’administration Trump et l’administration Netanyahou.

Elle s’honorerait en mettant en œuvre les principes du Droit humanitaire international (Conventions de Genève et droit coutumier international réaffirmé par l’avis du 9 juillet 2004 de la Cour Internationale de Justice), ce qui implique de cesser toute relation économique avec les colonies israéliennes dans les territoires occupés et donc l’interdiction d’importation des produits de ces colonies israéliennes sur le marché français ainsi que le retrait des entreprises françaises de tout projet lié à l’économie de la colonisation israélienne.

La France doit aussi soutenir la demande d’ouverture d’une enquête par la Cour Pénale Internationale sur la situation en Palestine, qui recouvre la totalité du territoire occupé.

Trump se trompe s’il pense pouvoir soudoyer le peuple palestinien avec l’argent arabe, à défaut de pouvoir supprimer la question palestinienne.

L’administration Trump a tort de miser sur les régimes arabes les plus faibles ou les plus cyniques pour soutenir et financer son plan.

En conclusion, la proposition d’un état-croupion, comme la dissolution organisée de la société palestinienne, de sa culture, de sa langue, de sa mémoire, de ses traditions, véritable «sociocide» (suivant l’expression de Stéphane Hessel dans son appel « Indignez-vous ») poursuivi méthodiquement par quasiment tous les gouvernements israéliens successifs, ne sont pas acceptables !

« Et aujourd’hui l’administration Trump, en totale complicité avec le gouvernement Netenyahu, retourne aux causes profondes du conflit en Palestine, les reconditionne et les présente comme une solution permanente »

Donc avant que le président Trump ne se sente trop à l’aise dans sa nouvelle fonction de messie, il devrait se familiariser avec cette sagesse biblique de base : l’arrogance mène à la chute. »

(Marwan Bishara : article précité).

C.R

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