Mass médias, dégagez !

Mai 02

Le terme média désigne tout moyen de distribution, de diffusion ou de communication d’œuvres, de documents ou de messages écrits, visuels, sonores ou audiovisuels (la radio, la télévision, le cinéma, internet, la presse, les télécommunications, etc.). Mais dans le langage courant les médias sont synonymes de « la presse ». On parle aussi de média mainstream ou encore de PPA (parti de la presse et de l’argent) pour ceux qui le dénoncent. Actuellement semble être retenu le terme de médias généralistes. Mais quelle que soit l’appellation que nous leur portons, médias et presse «conventionnelle » sont atteints d’un mal étrange. Que l’on se rassure, il ne sont pas viraux, leur mal vient de leur dépendance et de leur appartenance aux détenteurs de capitaux.

En parallèle, une flopée de médias indépendants a fleuri ces dernières années sur le web, où l’objectivité de l’information est bien plus pertinente que celle du PPA, même si comme dit l’adage « il y a à boire et à manger ». D’ailleurs, l’audience en ligne surpasse aujourd’hui les BFM et autres France info TV, et bien que la technologie permet à tout-e un-e chacun-e (équipé) de choisir son média au gré de sa sensibilité, la qualité de l’information y est aussi pour quelque chose.

La calamité du PPA

Dans notre parution de février 2019 (n° 51), nous évoquions déjà la calamité du PPA, et notamment, son traitement du mouvement des gilets jaunes. D’abord vu comme « sympathique » les deux premiers samedis, BFM et consorts le caresseront dans le sens du poil, puis au constat d’une forte expression anti-macronnienne virulente (Macron démission !), la même presse tentera tout pour  démolir cette lutte alors que celle-ci sera soutenue par une majorité de la population, durant des mois.

Sans dénoncer ou applaudir ici la violence exercée dans les quartiers « bobo » de la capitale lors des RDV, un samedi sur l’autre, le PPA télévisuel se bornera à présenter en boucle la violence des manifestant-es surtout, alors que celle exercée par la police sera diffusée parcimonieusement, avec, systématiquement, un commentaire « prêt à penser » en fonction des protagonistes. En prolongement, radios et presse écrite se conformeront à l’information du petit écran. On ne saurait mieux exprimer la partialité d’une presse au service du régime politique et de la défense du capitalisme ! Les Gj revendiquaient notamment un partage des richesses.

Le comportement complaisant se répétera à l’occasion de la lutte contre la dégradation des droits à la retraite. Combat légitime qui concerne pourtant également les personnels du PPA, mais celles et ceux qui sont face à la caméra, au micro, investissent peut-être déjà par capitalisation pour leur future pension. Là encore, la focalisation sur la violence de soi-disant « blacks blocs » à Paris laisse volontairement de coté la colère des travailleur-euses dans les provinces du pays où la violence était dans la grande majorité absente des rassemblements. Des débats sur une grève historique de cette ampleur aurait pourtant dû échapper aux seuls « experts », pour intéresser l’ensemble de la société, la mission de ces médias ne devrait-elle pas participer à l’« éducation populaire » ?

Cela ne semble pas être leur objet. Sous le titre  Les chiens de garde « interviewent » les opposants à la « réforme » des retraites, Acrimed (https://www.acrimed.org/), l’observatoire des médias, géré par des journalistes, présente dans une vidéo l’interview croustillante, où N. Demorand et L. Salamé font le maximum pour « casser » P. Martinez (Cgt), l’invité de la matinale de France-Inter. Ils refusent net tous ses arguments, lui coupant la parole avec de grossières questions, à croire que ces « journaleux » vivent grâce à la spéculation financière, il et elle ne sont pourtant que salarié-es du service public (dans la mesure où il & elle s’expriment pour la maison de la radio, mais ça reste à vérifier).

Mais on peut aussi citer la presse quotidienne régionale, qui semble faire son propre comptage du nombre de manifestant-es, en général à la baisse, ou donner la parole à un PDG plutôt qu’à ses salarié-es en colère lors d’un conflit social.

Depuis le début de ce conflit, les commentateurs du PPA s’acharnent contre les grévistes et contre les syndicats, allant même jusqu’à produire des fake news. Exemple sur LCI, D. Cohn-Bendit va jusqu’à dénoncer la violence des militants contre une tenue électorale (coups, vitres brisées…). Or, c’est totalement faux ! Tout comme celle exercée lors de la « visite » de grévistes (intersyndicaux, avec des CFDistes) au siège de la CFDT à Paris. Mais vrai ou faux, la suspicion est jetée , « il n’y a pas de fumée sans feu ».

On peut rire jaune, lorsqu’il est question de pluralisme au matin d’une nouvelle journée de mobilisation sociale (le 3 mars) contre le recours au 49.3 : « le pluralisme » des choix éditoriaux à la Une, avec des invité-es politiques sélectionnés dans les interviews matinales :

– Olivier Véran, bonjour. Ministre de la Santé, on a besoin de vous, on a besoin de vos informations ! (RMC)

– Bonjour Élisabeth Borne ! (Cnews)

– Léa Salamé, votre invité ce matin est ministre auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement. Bonjour à vous Marc Fesneau, merci d’être avec nous ce matin ! (France-Inter)

– RTL matin, Yves Calvi. 7h44, excellente journée à vous tous qui nous écoutez, Alba Ventura vous recevez donc ce matin le secrétaire d’État chargé des retraites, Laurent Pietraszewski.

– Bonjour Agnès Buzyn ! (France 2)

– Votre invité Sonia Mabrouk est Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Merci d’être avec nous sur Europe 1 ce matin.

– Ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, bonjour Jean-Michel Blanquer, merci beaucoup d’être avec nous ce matin sur LCI pour faire notamment le point sur ce qui est ouvert, fermé, menacé ou pas, dans le cadre de l’Éducation nationale à cause du coronavirus.

Le SNJ France Télévisions (syndicat national des journalistes) dénonce la ligne éditoriale fixée par la direction de l’audiovisuel public. Notamment le « discours unique et formaté, relayant la communication gouvernementale ». Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, les communiqués de la direction multiplient les références à ce terme. Mais entre la communication et la réalité de ce que vivent les salarié-es, il y a un gouffre. En témoigne la ligne éditoriale de certaines éditions, la déontologie, les pratiques professionnelles et les outils mis en œuvre.

La direction de l’information assume. Les éditions nationales du JT, en particulier le 20h de France 2, sont transformées en un interminable défilé de ministres et responsables politiques LREM, le tout avec un rappel permanent et moralisateur à la solidarité et à la responsabilité individuelle de chaque citoyen-ne. Mais rien, ou si peu, sur les responsabilités et devoirs du pouvoir politique. Aucune mise en perspective des faits : pourquoi avoir négligé pendant des mois les grévistes de l’hôpital public qui réclamaient des moyens supplémentaires ? Fallait-il organiser le premier tour des municipales ? Le gouvernement a-t-il sous-estimé les alertes ? Quid du manque de masques, du refus (politique) d’un test, etc.

Du mainstream, il convient de boycotter les infos « officielles » – le journal d’actualité – pour se pencher davantage sur des reportages, des analyses, des interviews, des études, des dossiers, divers et variés, de journalistes, d’écrivain-es, de philosophes, de militant-es, de politicien-nes… qui peuvent déborder de l’étroite ligne éditoriale du journal ; là, des éléments sont bien souvent d’une autre teneur et permettent à l’usager de la presse d’avoir une réflexion plus appropriée lorsque des invité-es s’expriment librement. Le problème est que pour en prendre connaissance, il faut supporter toute l’émission. Pub compris. Dur dur !

Money money

Un média est donc un outil de communication, son choix dépend du type de communication recherché : politique, sport, famille, santé, fiction… Et selon ses caractéristiques techniques propres. Ce qui nous interpelle dans cet article, se sont les médias d’information qui « font l’opinion », justement par ce qu’ils sont en première ligne pour fabriquer une opinion. La désinformation et la manipulation de l’info qui en découlent – dépendant d’intérêts privés ou publics – doivent être véhiculées par un-e présentateur-trice prétendument journaliste, zélé-e. Acrimed parle alors de journaliste dominant, en général très cultivé-e,bien formé-e, toujours présent-e et à l’œuvre pour congratuler ou admonester, selon l’invité-e.

Une vingtaine de grands groupes se partagent la quasi-totalité des médias dits généralistes et ce chiffre a tendance à diminuer. Tenus par une dizaine d’oligarques, qui ont raflé les grands quotidiens régionaux, nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence., avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine… Ces milliardaires ont fait fortune dans des domaines de production étrangers à la presse tels que le transport, le bâtiment, le luxe, l’armement, la téléphonie, etc. Ces « grands » patrons n’ont cependant pas besoin de posséder une majorité d’actions au sein des groupes pour exercer leur pouvoir. Ainsi, grâce à des montages financiers complexes, Vincent Bolloré contrôle Vivendi avec 20 % des actions, Arnaud Lagardère contrôle Lagardère SCA avec 8 %, etc.

Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns a mis en péril l’indépendance de la presse depuis fort longtemps dans notre pays (notamment), à tel point que la majorité de la population est aujourd’hui défiante à son égard. La partialité, exprimée souvent avec effronterie, teintée de moralisme, a largement porté atteinte à l’esprit de cette démocratie bourgeoise/libérale. Finalement cette partialité est devenue avec le temps contre productive. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme alors que ces oligarques influencent (selon Bastamag) 89,9 % de journaux vendus des quotidiens régionaux, 55,3 % de parts d’audience télévisuelle, 40,4 % de parts d’audience pour les radios ?!

Avec Macron, sauvons le PPA

Le RAP (Résistance à l’agression publicitaire) réagit à la proposition de la députée LREM Aurore Bergé de créer un crédit d’impôt sur les dépenses des annonceurs, (sic).

Depuis le début du confinement, les recettes publicitaires des médias sont en chute libre. Selon une étude de Kantar Media, la baisse des revenus publicitaires pour la télévision, la radio et la presse serait de 70 % en avril. Afin de soutenir les médias et d’inciter les entreprises à communiquer quand même, Aurore Bergé, rapporteuse du projet de loi sur l’audiovisuel, propose de créer un crédit d’impôt en fonction des pertes financières conséquentes des abandons des annonceurs.

Si tous les médias généralistes ne sont pas inquiets, pour TF1, dont 70% du chiffre d’affaires vient de la publicité, la situation est alarmante. Gilles Pélisson, PDG du groupe, ne ménage pas ses efforts pour lancer des SOS chez de nombreux concurrents. En revanche, les chaînes publiques, relativement indépendantes sur le plan financier, grâce à la réduction progressive du volume de publicités (merci Sarko !), sont plus à même de résister à cette situation. Voilà bien une proposition macronienne : d’abord détaxer les riches et maintenant nourrir leur outil de propagande. L’État financera TF1 de sa main droite, et avec celle de gauche ratiboise les programmes et les personnels du secteur public : France Télévisions & Radio France subissent déjà des coupes budgétaires, des réductions de personnel, et ce n’est pas fini… Qu’en pensent la Cour des comptes et le Conseil supérieur de l’audiovisuel ?!

En France, 0,02% des entreprises sont à elles seules responsables de 80% des investissements publicitaires. Donc, l’argent de ce crédit d’impôt ira à 80% dans leurs caisses et la mesure soutiendra quelques entreprises proches du pouvoir.

La fragilité soudaine de ces médias est bien la preuve qu’un modèle économique basé sur les financements publicitaires – et privés – est intenable, à l’instar d’autres branches de productions ou de services. Le mal étrange dont souffre le PPA, tenu par la laisse du maître, de son argent et de son pouvoir lui sera fatal, ce qui finalement – et c’est tant mieux – sert les médias indépendants.

Reste cependant quelques irréductibles, immunisés contre le fric : Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo, le Monde Diplomatique, L’âge de faire, Politis, l’Humanité (mais ceux-ci sont en survie et en appellent à des soutiens), et encore quelques autres qui économiquement « rament », pour défaut de milliardaire.

Médias libres et indépendants

Il convient de rester vigilant sur certains termes, comme celui de libre ; durant les années 70, un mouvement sociétal pour une libération des radios était très actif. Avec l’accession de F. Mitterrand à la présidence, une loi autorisa tout un chacun à créer sa propre radio , publicité interdite. Un essaim de radios émergea dans l’hexagone (associations diverse et variées). En 1984, la publicité fut autorisée. Ce qui réduisit drastiquement cette floraison, l’audience allait là où la radio émettait le mieux, la bande FM étant limitée, c’est celui qui possède l’émetteur le plus puissant qui gagnera cette audience. Avec la pub, le capitalisme prit les devants de ces radios dites libres et s’imposa. Les grands groupes de presse monopolisent désormais les ondes ; la liberté, elle, est bien morte. Leur ligne éditoriale est à leur mesure. Les radios à ne pas écouter : NRJ, RMC, Nostalgie, Virgin, Skyrock, etc.

Aujourd’hui, une radio dite libre, doit passer par internet pour se faire entendre, mais quelques plus anciennes profitent encore des ondes. Aussi une nouvelle floraison de  radios libres est sortie de terre, les passionné-es sont légion… Dreyckland, La Brique, Radio Quetsch, etc. Des centaines sur tout le territoire et pour tous les goûts…

La « révolution » médiatique est bien partie depuis une vingtaine d’années avec l’éclosion numérique, ouvrant une « démocratisation » de la médiatisation pour toutes et tous. Là également, il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs : santé, musique, littérature, politique, social, philosophie, animaux, nature, écologie, vacances, cinéma, etc. On y trouve de tout… Et le business ne s’est  bien entendu pas éclipsé ; d’ailleurs, des fortunes sont amassées rien qu’avec la « réclame ». Et les GAFAM sont archi-milliardaires. Nous ne nous intéressons ici qu’aux réseaux sociaux liés à l’information journalistique et non à toutes les possibilités qu’a permis le web.

Chaque internaute s’y exprime selon sa culture, ses désirs, ses contradictions, de manière ludique ou très sérieusement. Aussi, les fake news sont innombrables, et le complotisme est à l’affût… Il convient en toute logique de toujours chercher les sources fiables, ou de ne rien « poster » du tout, ce qui devrait « couler de source », or la multitude d’expression est aussi le reflet de la multitude sociologique et culturelle.

Il est difficile de savoir aujourd’hui – d’un point de vue historique – si le web participe à l’éducation populaire ou à une extension de l’abrutissement généralisé, vu que cette révolution n’est pas à son terme d’une part, et que, d’autre part, les gouvernements surveillent, contrôlent, ferment des sites ou des réseaux. Qu’en sera t-il demain ? Un verrouillage de certains accès considérés subversifs et une obligation de gérer sur la toile l’ensemble des démarches administratives, une formation… ce qui est déjà le cas.

Bien sur, un téléspectateur reste béat devant son poste, alors que face à un monitor un internaute doit, à minima, agir.

Sur les questions de société, l’écologie, l’économie, la politique, le social, tout le monde peut s’exprimer, faire des recherches, partager des idées, que l’on soit simple travailleuse, militant, experte, journaliste… ou s’improviser « journaliste » Et donc le PPA pêche également des infos sur le web, sans nécessairement vérifier les sources. Ils ont d’ailleurs depuis longtemps leur canard en ligne pour présenter leurs actualités.

Voici quelques médias indépendants, en ligne, qui ne survivraient pas s’ils étaient produits sur papier, mais dont les contenus valent largement ceux desdits généralistes : A l’encontre, L’Alterpresse68, AOC.média, Ballast, Bastamag, Bellaciao, Médiapart, Reporterre, LeMédia, Lemondedelenergie, Le vent se lève, Les crises, Libertera, Lundimatin, Multitude, Nextimpact, Rapport de force, Socialter, Thinkerview, etc. pour n’en citer que quelque-uns.

Dans ces dernières semaines de confinement, une submersion de textes, d’études, d’expertises, de désirs… inondent la toile, bien plusqu’auparavant, mais impressionnants du fait que les sujets développés sont tous (ou presque) liés au covid 19. A croire que plus rien ne se passe qui ne soit lié au virus. Or, que l’on soit en capacité de faire, ou pas, un filtrage entre le réel, le factuel et le subjectif, les internautes sont bien plus informés qu’avec le PPA, car la réflexion est plus présente que devant un poste de télé.

Le rôle que devrait tenir les médias généralistes (qu’ils s’interdisent de mener), à savoir éveiller le sens critique par l’information générale, évolue sur le web, politiquement (au sens noble du terme), les médias indépendants permettent la politisation de l’échange de l’information ; pas sûr qu’à l’avenir les gouvernements continueront de tolérer les critiques à son égard ou à celles des possédants du capital s’ils sont mis à mal.

Pour « le jour d’après » évitons un dosage de macron-nicine : le résultat risquerait d’être fatal.  Investissons pendant notre bouclage, réclusion, confinement, enfermement, notre cantonnement, et notre cloître, pour ce « jour d’après », innovant, en lutte, avec puissance.

Jano Celle, le 22 avril 20.

Sources, sur le net.

 

Un commentaire

  1. MICHEL MULLER /

    Excellente analyse. N’oublions pas de citer le Crédit Mutuel comme premier patron de presse régionale contrôlant TOUS les quotidiens de l’Est et du Sud-Est. Plus d’un millions d’exemplaires par jour. Et jamais, au grand jamais, quand L’Alsace-DNA publie un article sur le Crédit Mutuel, il est précisé que c’est de leur propriétaire qu’il s’agit. Indépendant avez-vous dit…

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