Les 32 heures maintenant

Sep 29

« Hardi, les gars ! Voici les quarante heures,

À nous l’espace au cours du bel été…

Pour les avoir nous avons bien lutté…

La production sera meilleure…

Au bon vent de la liberté ».

chantait Jean Villard Gilles, le chansonnier et cabarettiste, Suisse d’origine, quand il entonna avec son comparse de scène sa « chanson des loisirs », le 26 juin 1937 au Vélodrome d’Hiver devant vingt mille personnes.

Il n’est pas inutile, au regard de l’actualité, de rappeler que la nouvelle durée hebdomadaire votée par le Front populaire apparaît en pleine crise économique et sur fond d’un fort taux de chômage.

Dans les années 50 et 60 pourtant, malgré la loi, la durée moyenne hebdomadaire oscillera encore entre 45 et 46 heures, au même titre qu’aujourd’hui, en dépit de la loi Aubry sur les 35 heures, elle s’élève dans les faits à 39 heures.

La CGT, en cette rentrée particulière en raison de l’épidémie de covid et les aggravations économiques et sociales attendues et déjà effectives – qui n’ont pas attendu le virus -, fait de la revendication des 32 heures un de ses chevaux de bataille majeurs. Elle s’en explique dans un document de huit pages. Voici, très sommairement, quelques points piochés dans son argumentaire :

– en place d’une RTT (réduction du temps de travail) imposée par le patronat – le chômage, en l’occurrence, subie et payée par les salariés – instaurer le passage réel aux 32 heures est potentiellement sources de créations de 4 millions d’emplois. Leur financement « pourrait être assuré (…) par la réorientation des exonérations de cotisations sociales et des aides publiques évaluées aujourd’hui à 10 points du PIB ». Il s’agit également de « lier la révolution numérique à une réduction massive du temps de travail ».

– le lien entre les gains de productivité horaire et la réduction du temps de travail est avéré depuis les 35 heures.

– parce que la différence de temps de travail est la première cause des écarts salariaux entre hommes et femmes, les 32 heures contribueront à les réduire.

–  la nouvelle RTT fera reculer la précarité liée au travail partiel subi (20 % des salariés)

– l’allongement du temps de travail est un échec : avec l’augmentation du plafond des heures supplémentaires, la durée réelle du travail en France se situe au-dessus de l’Allemagne.

– Comment y parvenir ? À l’échelle européenne , à l’occasion de la probable réouverture de la directive temps de travail par la commission de Bruxelles, en proposant à la CES (Confédération européenne des syndicats) de pousser à un abaissement de la durée du travail (le sujet est sur la table en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas, au Portugal et même en Angleterre) .

– la semaine de quatre jours est susceptible de limiter les émissions de gaz à effets de serre. Une 6è semaine de congés pourrait accompagner la nouvelle loi horaire.

–  le passage aux 32 heures est aussi un enjeu social et citoyen, dégageant du temps pour des activités d’intérêt général, pour la présence parentale, pour la culture et l’épanouissement personnel.

C’est aussi, à notre sens, un moyen de concrétiser l’impérieuse nécessité de partager les richesses et de réduire les inégalités : les timides baisses du temps de travail concédées depuis un siècle sont dérisoires en regard des  gains de productivité phénoménaux obtenues dans la même période.

Et qu’en pense le patronat ? Sans doute peu ou prou la même chose qu’en 1910, quand il s’opposait à la loi sur les retraites ouvrières, passées à la trappe du premier autant qu’opportun conflit mondial, loi qu’il avait vivement combattu parce que représentant « des charges inacceptables et un encouragement à la paresse »…

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